Stabilité politique en Afrique de l’Ouest: Jonathan appelle à une action urgente des dirigeants
Lors d’une cérémonie à Abuja, l’ancien président nigérian met en garde contre les effets de l’instabilité politique sur l’intégration régionale et le développement économique de la CEDEAO.
L’ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a exhorté les dirigeants ouest-africains à faire de la stabilité politique une priorité, la considérant comme le fondement de la croissance économique. Il a averti que l’instabilité persistante continue de freiner les progrès de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
S’exprimant lors de la cérémonie de remise des prix 2025 de l’Association des ambassadeurs de carrière retraités du Nigeria (ARCAN), à Abuja, le Dr Jonathan a indiqué que l’élargissement du rôle de la CEDEAO dans la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance a complexifié son fonctionnement.
« Nous ne pouvons pas progresser économiquement si nos sociétés sont politiquement instables. Les défis de gouvernance demeurent au cœur des difficultés actuelles du bloc. S’engager dans la démocratie et la bonne gouvernance implique que la CEDEAO intervienne dans les affaires internes des États. La question de la souveraineté devient alors problématique ; cette tension explique pourquoi la CEDEAO vacille encore aujourd’hui. »
Il a également expliqué que la création de la CEDEAO est née d’efforts diplomatiques entrepris après une période difficile au Nigeria.
« À l’origine, il s’agissait de visites pour remercier les pays voisins, mais cela a évolué vers une coopération régionale plus large. Plutôt que des accords bilatéraux isolés, nous avons cherché un cadre commun, et c’est ainsi que l’idée de la CEDEAO est née », a-t-il déclaré.
Le général Yakubu Gowon, s’exprimant au nom des lauréats, a souligné que cette initiative était le fruit d’un effort collectif impliquant fonctionnaires et décideurs politiques.
« Cela n’aurait pas été possible sans le soutien du personnel du ministère des Affaires étrangères et du ministère du Développement économique. L’honneur revient à tous les agents, du plus jeune au plus expérimenté, qui ont travaillé sans relâche pour concrétiser ce projet », a-t-il affirmé, précisant que la reconnaissance dépasse les seuls dirigeants politiques.
Revenant sur les débuts de l’organisation, il a évoqué la signature de l’accord en 1975 comme un moment historique. Il a rappelé que plusieurs dirigeants africains, dont Siaka Stevens, s’étaient réunis autour d’une vision commune de coopération régionale.
« C’est un souvenir très heureux de voir ces dirigeants africains se rassembler autour de ce document », a-t-il déclaré.
Le général Gowon a également salué ARCAN pour son engagement constant dans la diplomatie et le plaidoyer politique.
« Merci et bravo, continuez ainsi. Votre équipe accomplit un travail remarquable. J’encourage les membres à continuer de conseiller les gouvernements sur la paix et le progrès », a-t-il ajouté.
De son côté, le président d’ARCAN, l’ambassadeur Joe Keshi, a indiqué que ces distinctions visent à reconnaître l’excellence et une vie consacrée à la diplomatie. Il a insisté sur le caractère souvent invisible de ce métier.
« Il y a six ans, le prix ARCAN a été créé pour reconnaître les réalisations exceptionnelles et les contributions significatives à la diplomatie nigériane. La diplomatie est une profession où le succès est souvent invisible, et où l’anonymat constitue parfois la plus grande réussite. Les résultats se traduisent par le maintien de la stabilité, la prévention des conflits, le développement de partenariats et la défense des intérêts nationaux », a-t-il expliqué.
Il a décrit les diplomates nigérians comme les artisans de réussites discrètes, ayant négocié dans des contextes tendus et représenté le Nigeria avec dignité à travers le monde.
Selon lui, la cérémonie revêt une importance historique particulière en rendant hommage aux fondateurs de la CEDEAO à l’occasion de son cinquantième anniversaire.
« Leur vision collective a donné naissance à la CEDEAO en 1975, une expérience audacieuse de régionalisme. Aujourd’hui encore, elle témoigne de ce que le leadership africain peut accomplir lorsqu’il est guidé par une vision commune », a-t-il affirmé.
Il a exhorté les diplomates actuels et futurs à poursuivre cet héritage face à un ordre mondial en mutation rapide, marqué par des enjeux sécuritaires, économiques et climatiques nécessitant une réflexion renouvelée.
Le chef d’état-major de l’armée nigériane, le lieutenant-général Waheed Shaibu, a également salué l’héritage du général Gowon, le qualifiant d’homme d’État exemplaire.
« Cette reconnaissance est une occasion de réfléchir à un héritage fondé sur une vision, du courage et un engagement constant en faveur de l’unité, de la stabilité et du progrès de notre nation », a-t-il déclaré.
Il a également mis en avant le rôle intellectuel d’ARCAN dans les débats de politique étrangère, soulignant ses contributions à travers conférences, publications et analyses.
L’association a honoré dix-huit de ses anciens ambassadeurs, dont certains à titre posthume, pour leur contribution à la diplomatie nigériane.
La cérémonie a également distingué trois figures majeures ayant contribué à la création de la CEDEAO : le général Yakubu Gowon, l’ancien président Gnassingbé Eyadéma et le professeur Adebayo Adedeji.
Jonathan a, une nouvelle fois, appelé les dirigeants de la région à renforcer leur coopération.
« Les chefs d’État de la CEDEAO doivent continuer à travailler ensemble, s’entendre sur des mesures concrètes et garantir la stabilité politique de la sous-région », a-t-il insisté.
Il a également souligné le rôle stratégique d’ARCAN dans la politique étrangère du Nigeria, appelant les ambassadeurs retraités à poursuivre leur contribution intellectuelle à la gouvernance.
Enfin, il a insisté sur l’importance du professionnalisme en diplomatie, évoquant son propre apprentissage lors de ses fonctions présidentielles.
« Tous les présidents ne maîtrisent pas parfaitement la diplomatie internationale. J’apprenais chaque jour. Il est donc essentiel d’avoir des briefings adéquats, un respect des protocoles et une sélection rigoureuse des envoyés. La mémoire institutionnelle est cruciale pour éviter les erreurs du passé », a-t-il conclu.
L’événement a réuni diplomates, décideurs et acteurs clés pour réfléchir à l’avenir de l’intégration régionale, avec un consensus clair : la stabilité politique demeure indispensable à la réalisation des objectifs fondateurs de la CEDEAO.