Face aux crises énergétiques, le nucléaire revient au centre des stratégies mondiales

Une quarantaine d’États et d’organisations internationales se réunissent dans la capitale française pour discuter du rôle du nucléaire dans la souveraineté énergétique, la transition climatique et la sécurité d’approvisionnement.

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Une quarantaine de représentants d’États sont réunis mardi à Paris pour participer à un sommet international consacré à la relance du nucléaire civil. Longtemps remis en cause après la catastrophe de Fukushima nuclear disaster en 2011, l’énergie atomique suscite aujourd’hui un intérêt renouvelé à l’échelle mondiale, notamment en raison des enjeux de souveraineté énergétique et de la nécessité de décarboner la production d’énergie.

Le président français Emmanuel Macron accueille ce mardi 10 mars les délégations venues d’une quarantaine de pays pour la deuxième édition de ce sommet consacré au renouveau du nucléaire civil. Dans un contexte international marqué par les tensions liées à la guerre au Moyen-Orient, la rencontre met en avant le nucléaire comme un levier essentiel pour renforcer l’indépendance énergétique des États et réduire leur dépendance aux énergies fossiles.

En ouvrant les travaux du sommet, Emmanuel Macron a souligné l’importance stratégique de cette source d’énergie :
« Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. »

Parallèlement à cette journée consacrée à l’énergie atomique, les ministres de l’Énergie du G7 doivent se réunir à 13 h 45 dans la capitale française afin de poursuivre les discussions sur la flambée des prix du pétrole, qui continue d’influencer les coûts du carburant sur les marchés internationaux.

Organisé par la France — l’une des principales puissances mondiales du nucléaire civil avec 57 réacteurs en activité — le sommet réunit environ quarante pays ainsi que plusieurs organisations internationales. Des représentants des United States et de la China, deux acteurs majeurs du secteur nucléaire, participent également aux discussions aux côtés de plusieurs États européens et membres du G7.

Cette seconde édition fait suite à un premier sommet organisé à Brussels en 2024. L’événement est organisé en partenariat avec l’International Atomic Energy Agency et intervient dans une année symbolique marquée par le 15ᵉ anniversaire de la catastrophe de Fukushima au Japan et le 40ᵉ anniversaire de la catastrophe de Chernobyl disaster en Ukraine.

L’objectif de la rencontre est d’identifier des mesures concrètes pour permettre la relance d’une énergie nucléaire « sûre et accessible à tous », notamment en avançant sur la question cruciale du financement des projets.

Un appel au secteur privé

La question du financement constitue en effet l’un des principaux défis du secteur nucléaire. Les programmes nucléaires sont réputés pour leur complexité, leurs coûts élevés et les retards fréquents dans leur réalisation.

Selon l’Élysée, le développement de nouveaux projets nucléaires à travers le monde nécessitera une mobilisation conjointe des financements publics et privés. Les autorités françaises souhaitent notamment encourager la participation d’investisseurs privés aux côtés d’institutions financières internationales et de banques multilatérales de développement telles que la World Bank.

La France entend également faire de ce sommet une étape politique majeure dans la continuité de la déclaration adoptée lors de la COP28 à Dubai, qui vise à tripler les capacités nucléaires installées dans le monde d’ici 2050. Une trentaine de pays ont déjà souscrit à cet engagement, et Paris souhaite convaincre d’autres États de rejoindre cette initiative.

Dans le même temps, l’European Union doit présenter une stratégie visant à accélérer le développement des petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) sur le continent. Cette technologie émergente pourrait permettre une première commercialisation d’ici 2030. Bruxelles craint toutefois de prendre du retard face aux avancées rapides de la Chine et des États-Unis dans ce domaine et encourage les start-up européennes à unir leurs efforts pour accélérer l’innovation.

Après avoir été fortement critiqué à la suite de l’accident de Fukushima en 2011, le nucléaire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt dans de nombreux pays. Cette dynamique s’explique par les préoccupations liées à la sécurité énergétique, la lutte contre le changement climatique et l’augmentation de la demande mondiale en électricité, notamment en raison de l’essor de l’intelligence artificielle.

Des incertitudes géopolitiques persistantes

À l’heure actuelle, l’énergie nucléaire représente environ 10 % de l’électricité produite dans le monde, avec près de 450 réacteurs répartis dans une trentaine de pays.

Cependant, l’intérêt pour cette technologie ne cesse de croître. Selon Rafael Grossi, directeur général de l’International Atomic Energy Agency, une quarantaine d’autres pays ont récemment manifesté un intérêt concret pour relancer ou développer leur propre industrie nucléaire.

Comme en 2022, après l’Russian invasion of Ukraine, les tensions actuelles au Moyen-Orient rappellent la vulnérabilité des États fortement dépendants des importations d’énergies fossiles. Les risques d’approvisionnement et la volatilité des marchés soulignent ainsi l’importance stratégique des sources d’énergie bas carbone, qu’elles soient renouvelables ou nucléaires.

Dans ce contexte, Fatih Birol, directeur exécutif de l’International Energy Agency, estime que les pays européens ont tout intérêt à diversifier leurs sources d’énergie :
« Il est dans l’intérêt des pays européens, pour leur sécurité énergétique et pour leur souveraineté, de développer davantage leurs énergies renouvelables — solaire, éolienne et autres — et de renforcer également le rôle de l’énergie nucléaire. »

Dans le dossier de présentation du sommet, Emmanuel Macron souligne également que « le contexte géopolitique mondial et les tensions géo-économiques croissantes, illustrées notamment par les événements en cours au Moyen-Orient, obligent les pays à repenser leurs modèles énergétiques afin de concilier décarbonation, création d’emplois et souveraineté énergétique ».

Toutefois, retrouver un âge d’or du nucléaire comparable à celui des années 1970 et 1980 nécessitera de relever plusieurs défis majeurs. Selon Clément Le Roy, expert en énergie chez Wavestone, ces obstacles concernent notamment les capacités industrielles, la maîtrise des coûts et des délais de construction, l’accès aux financements, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire ainsi que la disponibilité de compétences humaines spécialisées.

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