Économie bleue: un nouveau portail pour renforcer la flotte indigène nigériane

Le Nigeria amorce une réforme majeure du financement maritime pour soutenir la propriété indigène des navires et renforcer son économie bleue.

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Le gouvernement nigérian a officiellement lancé et dévoilé le portail de candidature du Fonds de financement des navires de cabotage (Cabotage Vessel Financing Fund – CVFF), une avancée majeure vers la mise en place d’un système structuré de financement opérationnel en faveur de la propriété maritime indigène.

Qu’est-ce que le CVFF ?

Le CVFF a été institué par la loi de 2003 sur le transport maritime côtier et intérieur (Cabotage Act) comme un instrument clé destiné à fournir un financement structuré aux compagnies maritimes nigérianes, afin de leur permettre d’acquérir des navires et de participer de manière significative au commerce maritime intérieur. Toutefois, pendant plus de deux décennies, ce fonds est resté largement inaccessible, contraignant les opérateurs locaux à recourir à des financements étrangers coûteux ou à l’utilisation de navires battant pavillon étranger.

La cérémonie de lancement, qui s’est tenue dans l’État de Lagos, dans le sud-ouest du Nigeria, a réuni de hauts responsables gouvernementaux, des acteurs majeurs de l’industrie maritime, des parlementaires ainsi que de nombreuses parties prenantes du secteur.

Déclarant officiellement le portail ouvert, le ministre de l’Économie maritime et bleue, Dr Adegboyega Oyetola, a qualifié l’événement d’étape délibérée et stratégique visant à repositionner le secteur maritime nigérian comme un pilier central du développement national.

Il a souligné que ce lancement s’inscrit dans l’objectif national plus large de diversification de l’économie et de valorisation de l’énorme potentiel du domaine maritime nigérian, de ses ressources côtières et de ses voies navigables intérieures.

« Le secteur maritime demeure l’épine dorsale du commerce mondial. Pourtant, malgré la position géographique stratégique du Nigeria et son dynamisme entrepreneurial, notre participation au commerce côtier et intérieur est restée limitée.

L’un des principaux obstacles a été l’absence d’un cadre de financement fonctionnel, crédible et transparent pour soutenir la propriété indigène des navires. Aujourd’hui, nous changeons cette réalité », a déclaré le ministre.

Dr Oyetola a rappelé que le CVFF, créé en vertu de la loi sur le cabotage de 2003, visait à combler le déficit de financement auquel sont confrontés les armateurs nigérians. Il a toutefois reconnu que des contraintes institutionnelles et structurelles ont retardé sa mise en œuvre au fil des années. Il a précisé qu’à son entrée en fonction, son ministère s’est fixé comme objectif politique clair de renforcer les capacités maritimes du Nigeria et de garantir que le CVFF soit appliqué conformément aux principes de bonne gouvernance et de rigueur financière.

« Le CVFF est conçu comme un instrument stratégique de développement. En facilitant l’accès à un financement compétitif pour l’acquisition de navires par les opérateurs locaux, nous espérons réduire la dépendance aux navires étrangers dans notre commerce côtier, améliorer la rétention de valeur au sein de l’économie nationale, créer des emplois pour les marins nigérians et stimuler la croissance de secteurs connexes tels que la construction navale, la réparation de navires et les services maritimes. »

Il a ajouté que l’impact du fonds dépasse le seul cadre économique, soulignant qu’une flotte indigène plus forte contribuerait à renforcer la sûreté et la sécurité maritimes, tout en soutenant les efforts nationaux visant à maintenir un espace maritime réglementé et efficace.

Insistant sur la responsabilité, le ministre a rappelé aux bénéficiaires potentiels que le CVFF est un fonds renouvelable, qui doit être utilisé avec prudence et remboursé afin d’en garantir la durabilité au profit des futures générations d’entrepreneurs maritimes.

« Grâce à cette plateforme, les armateurs nigérians éligibles peuvent soumettre leurs demandes, lesquelles seront évaluées selon des critères clairement définis, appuyées par une diligence raisonnable rigoureuse et une supervision financière professionnelle assurée par des institutions de prêt primaires agréées.

En numérisant l’ensemble du processus de demande et d’évaluation du CVFF, nous simplifions l’accès, améliorons la prévisibilité et garantissons une prestation de services efficace, transparente et réactive », a-t-il ajouté.

Positionner le Nigeria comme un acteur fort du secteur maritime

Prenant également la parole lors de l’événement, le directeur général de l’Agence nigériane pour l’administration et la sécurité maritimes (NIMASA), Dr Dayo Mobereola, a réaffirmé l’engagement de son institution à garantir que le CVFF atteigne pleinement ses objectifs.

Il a indiqué que la NIMASA a mis en place une unité spécialisée du secrétariat du cabotage chargée de piloter la mise en œuvre du fonds, de gérer les candidatures, de coordonner les relations avec les institutions financières et de veiller au strict respect des critères d’éligibilité, de conformité et de gestion des risques.

« Notre objectif est de faire du CVFF un mécanisme de financement pratique et fiable, permettant aux armateurs nigérians d’acquérir des navires grâce à des financements compétitifs à long terme », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que l’agence est déterminée à instaurer la confiance dans le système et à garantir que chaque décaissement respecte des règles claires, des critères mesurables et les meilleures pratiques internationales.

Avec le lancement du portail de candidature du CVFF, les acteurs du secteur estiment que le Nigeria franchit enfin une étape attendue de longue date vers la constitution d’une flotte indigène solide, la rétention de la valeur maritime au sein de l’économie nationale et le positionnement du pays comme un acteur plus influent de l’économie maritime et bleue mondiale.

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