Davos : le Nigeria fait de la sécurité alimentaire un enjeu économique et sécuritaire majeur

Details avec Timothy Choji, Abuja

98

Le vice-président Kashim Shettima a annoncé que le Nigeria ne considère désormais plus la sécurité alimentaire sous l’angle restrictif de l’agriculture, mais comme une question centrale relevant de la macroéconomie, de la sécurité nationale et de la gouvernance.

Il a fait cette déclaration lors d’un panel de haut niveau intitulé « When Food Becomes Security » (Quand l’alimentation devient une question de sécurité), organisé au Centre des congrès en marge de la 56ᵉ réunion du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse.

Selon lui, le gouvernement nigérian ne traite plus la sécurité alimentaire comme une simple problématique agricole, mais comme un pilier stratégique de la gouvernance, de la stabilité économique et de la cohésion régionale.

Régions greniers

Représentant le président Bola Tinubu à ce sommet économique mondial, le vice-président a indiqué que le Nigeria a engagé une dynamique agricole multidimensionnelle visant à protéger le pays des chocs mondiaux tout en restaurant la productivité de ses principales régions greniers.

«Au Nigeria, nous ne considérons pas la sécurité alimentaire uniquement comme une question agricole. C’est une question macroéconomique, sécuritaire et de gouvernance. Notre objectif est d’utiliser la sécurité alimentaire comme un pilier de la sécurité nationale, de la cohésion régionale et de la stabilité», a-t-il déclaré.

Trois piliers

Le vice-président a précisé que la stratégie nigériane en matière de sécurité alimentaire repose sur trois piliers fondamentaux : l’augmentation de la production alimentaire, la durabilité environnementale et un approfondissement de l’intégration régionale au sein de l’Afrique de l’Ouest.

Il a expliqué que l’évolution des tendances mondiales et les perturbations des chaînes d’approvisionnement ont contraint le Nigeria à se recentrer sur lui-même et à reconstruire sa base agricole en développant des systèmes alimentaires résilients, adaptés à la diversité de ses zones écologiques.

«Le Nigeria est un pays vaste, et il existe une relation étroite entre l’économie et l’écologie. Dans le nord sahélien, nous sommes confrontés à la désertification, à la déforestation et à la sécheresse. Dans le sud fluvial et certaines parties du Centre-Nord, les inondations constituent le principal défi», a-t-il expliqué.

Des solutions adaptées

Pour faire face à ces défis, le vice-président a indiqué que le gouvernement encourage la culture de variétés de base résistantes à la sécheresse, tolérantes aux inondations et à cycle court, notamment le riz, le sorgho et le mil, tout en repensant les systèmes alimentaires dans les régions méridionales exposées aux crues afin de mieux résister aux chocs climatiques.
La question sécuritaire, a-t-il souligné, demeure un frein majeur, d’autant plus que de nombreuses zones touchées par les conflits correspondent aux principales régions de production alimentaire du pays.

«La plupart des greniers alimentaires de notre nation sont confrontés à des défis sécuritaires. C’est pourquoi nous mettons en place des corridors de sécurité alimentaire et renforçons l’engagement sécuritaire communautaire afin que les agriculteurs puissent retourner en toute sécurité sur leurs terres», a affirmé le vice-président.

Réinstaller les agriculteurs déplacés

Il a annoncé le lancement de l’initiative Back to the Farm (Retour à la terre), un programme destiné à réinstaller les agriculteurs déplacés en leur fournissant des intrants agricoles, des assurances et un accès au financement afin de relancer la production alimentaire.

Abordant les vulnérabilités macroéconomiques du Nigeria, le vice-président a identifié la dépendance aux importations et la volatilité du taux de change comme des facteurs majeurs de l’inflation alimentaire.

«Nous importons en grande partie le blé, le sucre et les produits laitiers, ce qui a un impact direct sur l’inflation. Notre stratégie consiste à accélérer la production locale et à promouvoir des substituts tels que le sorgho, le mil et la farine de manioc afin de corriger ces déséquilibres structurels», a déclaré le vice-président Shettima.

Stabilité nationale

Selon lui, l’approche nigériane aligne la sécurité alimentaire sur la stabilité nationale, la maîtrise de l’inflation et la coopération régionale, positionnant l’agriculture comme une réponse de première ligne aux menaces économiques et sécuritaires.

Il a également souligné que le Nigeria, souvent qualifié de géant de l’Afrique, s’est «réveillé de sa léthargie» sous la présidence de Bola Tinubu, ajoutant que le gouvernement est en passe de rendre «les petits exploitants agricoles et les pêcheurs attractifs pour les investissements à grande échelle» dans un délai de douze mois.

Le vice-président a confirmé qu’en Afrique, au regard des tendances mondiales actuelles, le commerce intra-africain est devenu presque une nécessité, notant que «certains alignements sont déjà en cours».

Il a enfin exhorté ses homologues africains à intensifier leurs efforts sous l’égide de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf/AfCFTA) afin de permettre aux pays africains de consolider leurs réformes internes.
Se montrant optimiste, le vice-président a estimé qu’avec les réformes en cours dans le cadre de l’Agenda de l’Espoir Renouvelé (Renewed Hope Agenda), les prochains mois verront une accélération de l’adaptation climatique, passant du stade pilote à la réalité, ainsi qu’un essor du commerce intra-africain bien au-delà de 10,7 %.

Comments are closed.