Énergie en Afrique : le gaz au cœur de la croissance industrielle et de l’autonomisation féminine

Details avec Glory Ohagwu, Abuja

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Une experte associée chez McKinsey & Company, Eleanor Okubor, a affirmé que la demande croissante de gaz en Afrique constitue un levier essentiel pour libérer la croissance industrielle, élargir l’accès à l’énergie et réduire les coûts, tout en soulignant la nécessité d’une meilleure inclusion des femmes et des petites et moyennes entreprises dans la chaîne de valeur.

S’exprimant au micro de Voice of Nigeria en marge de «The Decade of Gas and The World Bank Ministerial Roundtable and Workshop» à Abuja, Mme Okubor a positionné le gaz comme un pilier du développement du continent. «Si vous devez retenir une chose, retenez que la demande de gaz en Afrique croît plus rapidement qu’à l’échelle mondiale», a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que, bien que les énergies renouvelables contribuent à l’expansion de la production électrique, elles ne peuvent suffire à elles seules. «Elles ont encore besoin d’une source d’énergie de base que le gaz peut fournir afin d’assurer la flexibilité du réseau électrique et garantir une alimentation fiable en gaz ou, pardon, en électricité», a expliqué Okubor.

Sur la question de l’accessibilité financière, elle a présenté le gaz comme une alternative viable pour les ménages et les entreprises. «Le gaz est une alternative plus propre qui est également moins coûteuse, et il est aussi moins cher que la production d’électricité à partir du diesel ou du PMS», a-t-elle indiqué.

Inclusion des femmes et accès du dernier kilomètre

Mme Okubor a insisté sur la nécessité d’intégrer de manière intentionnelle les femmes et les PME dans l’utilisation du gaz. «Nous réfléchissons également à la distribution du dernier kilomètre, mais surtout aux personnes qui vont réellement utiliser le gaz», a-t-elle déclaré.

Elle a identifié l’accès et la sensibilisation comme des obstacles majeurs. «Savent-elles que le gaz peut être utilisé pour résoudre le problème spécifique auquel elles sont confrontées ?», a-t-elle interrogé, soulignant que de nombreuses entreprises dirigées par des femmes restent limitées par le manque d’information et d’infrastructures.

Évoquant les pistes de solution, elle a estimé que la participation au marché nécessite à la fois une préparation des acteurs et un soutien politique. «Ce qui doit être résolu, c’est la capacité à être un acheteur crédible de gaz», a-t-elle affirmé.

«Il est donc très important d’anticiper rapidement. Aujourd’hui, une grande partie du gaz au Nigeria est exportée, mais il existe une demande et une consommation domestiques déjà prises en charge par les producteurs», a-t-elle ajouté.
«Aujourd’hui, le prix du gaz est réglementé pour les secteurs stratégiques, mais pour qu’un marché fonctionne de manière crédible, il faut laisser jouer les forces du marché», a-t-elle poursuivi.

Pour les PME, elle a mis en avant l’agrégation comme levier clé. «Pour les PME, une solution pourrait consister à regrouper la demande, et c’est précisément le rôle d’organisations comme la Gas Aggregation Company of Nigeria, qui centralisent la demande en gaz», a-t-elle expliqué.

«Comment regrouper cette demande afin de pouvoir acheter le gaz à un prix rentable auprès des producteurs en amont ou des distributeurs ?», a-t-elle ajouté.

Mme Okubor a également insisté sur l’importance de la collaboration à tous les niveaux. « Il faut aussi une collaboration locale pour s’assurer que la demande de gaz est suffisamment importante », a-t-elle déclaré.

«Cela incite les producteurs ou les distributeurs à être suffisamment intéressés ou motivés pour dire : d’accord, je suis prêt à installer une petite ligne jusqu’à un village à Gboko, par exemple, et à acheminer mon gaz depuis Akwa Ibom jusqu’à Gboko, parce qu’il existe une demande significative, et je suis convaincu que si je fournis le gaz, je serai payé, ce qui permet au système de fonctionner», a-t-elle expliqué.

Perspectives

Selon Mme Okubor, «le rôle du gaz à l’avenir est de réduire les coûts d’exploitation, de rendre les systèmes plus propres, de fournir une énergie plus propre à tous ceux qui en ont besoin, mais aussi de favoriser l’industrialisation au Nigeria et sur l’ensemble du continent».

Elle a ajouté : «Il reste encore beaucoup de sensibilisation à faire auprès des femmes et d’autres PME susceptibles d’utiliser le gaz.»

 

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