Réformes publiques : Abuja mise sur une transformation numérique intégrée des services de l’État

Détails avec Gloria Essien, Abuja

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Le vice-président de la Chambre des représentants, M. Benjamin Kalu, a appelé à une transformation en profondeur de la conception, du fonctionnement et de l’expérience des services publics, plaidant pour une approche de «gouvernance numérique d’abord» comme pilier central d’une réforme durable du secteur public.

Dans son discours d’ouverture à la table ronde nationale GovTech Policy Roundtable 2026, il a qualifié cette rencontre de l’un des échanges les plus déterminants pour l’avenir du secteur public nigérian, à un moment charnière du développement du pays.

Reconnaissant les ambitions affichées du Nigeria en matière de transformation numérique, à travers des initiatives telles que les programmes d’identité numérique, les systèmes de paiement, les plateformes de services en ligne et les infrastructures de données, il a toutefois estimé qu’il est désormais impératif de dépasser ces avancées pour adopter un cadre plus intégré et cohérent.

Selon lui, la «gouvernance numérique d’abord» ne constitue pas simplement le thème de cette rencontre, mais bien une posture stratégique visant à intégrer la technologie au cœur même de l’architecture de la gouvernance.

Kalu a précisé que cela implique de concevoir les politiques publiques, les services et les systèmes en mettant au centre leur accessibilité numérique, leur efficacité et leur durabilité, notamment pour les citoyens confrontés à des limitations de connectivité, à des difficultés d’alphabétisation ou à des situations de handicap.

« Permettez-moi de commencer par une reconnaissance honnête. Le Nigeria ne manque pas d’ambition en matière de transformation numérique. Au cours de la dernière décennie, nous avons lancé des programmes d’identité numérique, déployé des infrastructures de paiement, mis en place des portails de services en ligne et investi dans des systèmes de données. Nous avons célébré de nombreuses premières. Nous avons produit des cadres politiques, des livres blancs et des documents stratégiques en grand nombre. Le thème de cette table ronde : la gouvernance numérique d’abord, est une posture stratégique. Il exige que nous cessions de considérer la technologie comme une réflexion tardive, un simple exercice de modernisation ou un projet pilote financé par des donateurs. Il exige plutôt que nous intégrions la pensée numérique au cœur même de la manière dont le gouvernement est conçu, dont les services sont structurés et dont les citoyens sont impliqués », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le vice-président a mis en lumière l’importance du projet de loi sur l’économie numérique et la gouvernance électronique, qu’il a présenté comme une opportunité historique d’établir des bases législatives solides pour l’avenir numérique du Nigeria.

Selon lui, une fois adopté, ce texte imposera la conformité numérique au sein des ministères, départements et agences, garantira l’interopérabilité des systèmes, clarifiera les responsabilités institutionnelles et instaurera des mécanismes d’application durables, indépendants des cycles politiques.

Il a souligné que cette table ronde, coorganisée par son bureau, vise à intégrer directement les contributions des parties prenantes, fonctionnaires, innovateurs du secteur privé, partenaires au développement et acteurs de la société civile, dans le processus législatif. Il a averti que des lois élaborées sans concertation risquent de reproduire les échecs passés, notamment en matière de mise en œuvre et de coordination.

Kalu s’est dit confiant quant à l’issue des travaux, espérant qu’ils permettront d’élaborer une feuille de route claire de réformes assorties de priorités concrètes, de renforcer le consensus autour du projet de loi sur la gouvernance électronique et de formuler des recommandations législatives précises à l’attention de l’Assemblée nationale.

Il a également plaidé pour la mise en place d’un cadre de collaboration multipartite afin de maintenir la dynamique au-delà de cette rencontre.

En conclusion, il a exhorté les responsables publics à faire preuve de courage et de lucidité dans la conduite des réformes institutionnelles, invité le secteur privé à s’inscrire dans des partenariats durables plutôt que ponctuels, et encouragé les partenaires au développement à privilégier le renforcement des capacités nationales et l’appropriation locale des projets.

En amont, le directeur de GOVTECH AFRICA, Fortune Toma, avait souligné que les gouvernements africains recourent de plus en plus aux systèmes d’identité numérique, aux plateformes interopérables, à la prise de décision fondée sur les données et aux technologies émergentes pour combler les lacunes dans la prestation des services publics et renforcer la transparence.

Il a ajouté que cette table ronde dépasse le cadre d’une simple rencontre protocolaire pour devenir une plateforme de travail destinée à poser des questions cruciales, à remettre en cause des approches établies et à favoriser l’élaboration collective de solutions concrètes et applicables.

Il a également insisté sur la portée stratégique du projet de loi sur l’économie numérique et la gouvernance électronique, le qualifiant lui aussi d’opportunité historique pour structurer l’avenir numérique du pays.

 

 

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