Orban et l’Ukraine: entre nationalisme et rhétorique alarmiste pour les législatives

À quelques semaines des élections du 12 avril, le Premier ministre hongrois durcit son discours anti-Ukraine pour mobiliser son électorat

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À l’approche des législatives hongroises prévues le 12 avril, Viktor Orban durcit son discours contre l’Ukraine. Fragilisé par des sondages défavorables, le Premier ministre accuse Kiev et ses alliés européens de vouloir entraîner la Hongrie dans le conflit, transformant le scrutin en un choix présenté comme étant entre « la guerre ou la paix ».

Cette stratégie électorale s’appuie sur des accusations de complot, du chantage énergétique et des scénarios alarmistes. Mercredi 25 mars, Orban a annoncé vouloir interrompre « progressivement » ses livraisons de gaz à l’Ukraine tant que le pétrole russe ne serait pas acheminé vers la Hongrie. Il accuse Kiev d’entraver l’approvisionnement via l’oléoduc Droujba, tandis que les autorités ukrainiennes évoquent des réparations encore en cours après des frappes russes fin janvier.

En représailles, la Hongrie bloque un prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine et s’oppose à un nouveau paquet de sanctions contre la Russie. Budapest menace également de réduire ses exportations d’électricité vers l’Ukraine, déjà touchée par des coupures fréquentes en raison des frappes russes.

Une campagne complotiste pour mobiliser l’électorat

Cette escalade s’inscrit dans une bataille politique interne. Après seize ans au pouvoir, Orban aborde ces élections en difficulté. Son principal rival, Péter Magyar, à la tête du parti Tisza, émerge comme une alternative crédible pour une partie de l’électorat conservateur et domine les intentions de vote. Face à cette dynamique, le parti Fidesz orchestre une campagne agressive, multipliant les messages anti-Ukraine.

Pour l’historien Michael Ignatieff, cette rhétorique marque un tournant: « Ce qui est nouveau, c’est la diabolisation personnelle du président ukrainien Volodymyr Zelensky et l’idée qu’il entraînerait la Hongrie dans la guerre, où des soldats hongrois trouveraient la mort. »

Une vidéo de campagne générée par intelligence artificielle illustre cette stratégie : un enfant demande des nouvelles de son père, et dans la scène suivante, un soldat agenouillé est exécuté. Le message est clair : « Ce n’est qu’un cauchemar pour l’instant, mais Bruxelles s’apprête à en faire une réalité. Le Fidesz est le choix sûr ! »

Selon Daniel Hegedüs, Orban avance pour la première fois l’idée d’une collusion entre l’administration ukrainienne, les institutions de l’UE et l’opposition hongroise visant à le destituer pour mettre en place un gouvernement pro-ukrainien en Hongrie.

Dans l’espace public, la rhétorique est omniprésente : à Budapest comme dans les zones rurales, les affiches de campagne associent Ursula von der Leyen, Volodymyr Zelensky et Péter Magyar sous le slogan « Ils constituent eux-mêmes le risque ». Orban a même accusé l’Ukraine de comploter contre lui et sa famille, en diffusant une vidéo où il parle à ses filles pour les avertir d’une menace.

Une stratégie pour détourner l’attention des problèmes internes

Pour les analystes, cette stratégie sert à détourner l’attention des difficultés internes, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Richard Demény explique : « Le Fidesz mise sur un discours alarmiste pour mobiliser les électeurs sensibles à la menace d’une guerre imminente. »

En perte de vitesse dans les sondages, le parti d’Orban voit la progression de Tisza comme une menace directe. Selon Michael Ignatieff, « la stratégie fondamentale d’Orban repose sur la désignation d’ennemis successifs. Après Bruxelles et George Soros, c’est désormais Péter Magyar qui est présenté comme une menace pour la Hongrie. Orban se met en scène en protecteur courageux et héroïque de la nation. »

Sur le terrain, Péter Magyar multiplie les symboles patriotiques : il sillonne le pays, entonne des chants folkloriques avec ses partisans, brandit le drapeau national et cite de grands poètes hongrois.

La stratégie d’Orban pourrait toutefois fonctionner encore, nourrie par un imaginaire historique de pays assiégé et livré à lui-même, hérité de traumatismes anciens comme l’invasion mongole du XIIIe siècle. L’historien Paul Lendvai résume : « Nous, les Hongrois, sommes seuls. » Aujourd’hui encore, cette méfiance envers l’étranger « pourrait maintenir les électeurs du Fidesz et les indécis focalisés sur une menace existentielle », conclut Richard Demény.

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