Chute des cours mondiaux: les producteurs ivoiriens frappés par une baisse historique du prix du cacao
Une chute de près de 60 % du prix garanti aux producteurs provoque colère et inquiétude dans un secteur vital pour l’économie ivoirienne.
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a annoncé mercredi une réduction spectaculaire du prix payé aux producteurs, dans un contexte marqué par l’effondrement des cours internationaux et un ralentissement des ventes. La baisse avoisine 60 %, une décision qui intervient plus tôt que prévu et qui suscite de nombreuses réactions.
Le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, a précisé que le prix garanti aux producteurs est désormais fixé à 1 200 francs CFA le kilogramme (environ 2 dollars), contre 2 800 francs CFA auparavant. Selon lui, cette révision est rendue indispensable par l’évolution défavorable du marché mondial du cacao.
« Le prix du cacao sur le marché international nous oblige à procéder à un ajustement », a déclaré le ministre, soulignant que la décision vise à adapter le système national aux réalités économiques actuelles.
En Côte d’Ivoire, l’État détermine deux fois par an le prix du cacao destiné aux producteurs. Toutefois, l’annonce de cette nouvelle tarification intervient environ un mois plus tôt que le calendrier habituel. Le secteur cacaoyer représente près de 14 % du produit intérieur brut national et constitue la principale source de revenus pour environ cinq millions de personnes.
En octobre dernier, juste avant sa réélection, le président Alassane Ouattara avait pourtant annoncé un prix record de 2 800 francs CFA le kilo. Mais depuis, les cours mondiaux ont fortement chuté. Après avoir culminé à 12 000 dollars la tonne à la fin de l’année 2024, ils oscillent désormais autour de 2 900 dollars, rendant le cacao ivoirien nettement plus coûteux que les prix pratiqués sur le marché international.
« Nous aurions tous souhaité un meilleur prix, mais vous avez tous suivi la tendance du prix international », a ajouté Bruno Koné, reconnaissant les difficultés auxquelles font face les producteurs.
Des producteurs en colère
Sur le terrain, la décision provoque une vive contestation. À Duékoué, dans l’ouest du pays, le syndicaliste Yao Yao a déploré l’absence de mécanisme de compensation plus conséquent face à « une chute aussi vertigineuse ».
« Honnêtement, nous ne sommes pas satisfaits. Ce sont les producteurs qui vont être les principaux perdants dans cette situation », a-t-il affirmé.
Selon plusieurs acteurs de la filière, l’écart important entre le prix fixé en Côte d’Ivoire et les cours internationaux aurait conduit certains exportateurs à retarder leurs achats ces derniers mois. D’autres acheteurs auraient proposé des tarifs plus bas en échange de paiements immédiats.
Pour atténuer l’impact de la crise, le Conseil national du café et du cacao avait annoncé en janvier l’acquisition de dizaines de milliers de tonnes de cacao stockées sur le territoire national. D’après le ministre, 64 000 tonnes ont déjà été achetées.
Malgré ces mesures, certains agriculteurs affirment ne pas avoir encore perçu leurs paiements, alimentant davantage la frustration dans les zones rurales.
Cette baisse des prix intervient dans un contexte régional tendu. Le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, a lui aussi réduit à la mi-février le prix versé aux producteurs d’environ 30 %, signe que la crise du cacao dépasse largement les frontières ivoiriennes.