De l’« intégration sur papier » à des résultats tangibles: le commerce régional au centre des priorités
Benjamin Kalu appelle à passer de l’« intégration sur papier » à l’« intégration fonctionnelle » pour concrétiser le potentiel commercial intra-régional
Le vice-président de la Chambre des représentants du Nigeria, Benjamin Kalu, a appelé à un passage urgent de ce qu’il a décrit comme une « intégration sur papier » à une « intégration fonctionnelle » dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) au sein de la sous-région de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Il a lancé cet appel lors de sa contribution au Séminaire parlementaire intitulé : « Approfondir l’intégration régionale à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) : opportunités et défis pour l’expansion du commerce intra-communautaire au sein de la CEDEAO », qui s’est tenu à Abuja.
S’adressant à ses collègues, le vice-président a noté que, bien que le commerce intra-africain ait atteint 220,3 milliards de dollars (16 %) en 2025, le commerce intra-CEDEAO reste stagnant à 11,5 %, malgré le potentiel de marché considérable de 3,4 billions de dollars de la région.
Il a déploré que les goulets d’étranglement logistiques et administratifs continuent de freiner les progrès.
M. Kalu a souligné que combler l’écart entre les aspirations et la réalité nécessite une action délibérée, en particulier dans les domaines des infrastructures et de la mise en œuvre.
Décrivant le corridor Abidjan–Lagos comme la colonne vertébrale de l’économie régionale, il a déclaré qu’il reste une promesse inachevée. Cependant, il a insisté sur le fait qu’au-delà des infrastructures physiques, les inefficacités administratives posent des défis encore plus grands.
« Dans le climat géopolitique actuel, la ZLECAf n’est plus seulement un accord commercial ; elle est devenue le moteur stratégique qui doit soutenir la résilience industrielle et la survie de l’Afrique. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement mondiales se fragmentent, l’Afrique doit commercer avec elle-même pour prospérer. Alors que le commerce intra-africain a réussi à atteindre 220,3 milliards de dollars (16 %) en 2025, notre sous-région CEDEAO est restée bloquée à 11,5 %. Nous parlons d’un potentiel de marché de 3,4 billions de dollars, et pourtant nous avons encore du mal à faire passer un camion de Lagos à Abidjan.
Pour combler l’écart entre nos hautes aspirations et notre réalité régionale, nous devons, en urgence, passer de la diplomatie de l’« intégration sur papier » à l’impact tangible de l’« intégration fonctionnelle ». Cela nécessite une concentration inlassable sur deux leviers critiques:
1. Infrastructures et lacunes de mise en œuvre
Le corridor Abidjan-Lagos, qui est la colonne vertébrale de notre économie régionale, reste une promesse inachevée. Mais actuellement, ce ne sont pas seulement les nids-de-poule qui nous coûtent ; c’est la friction administrative. Nous pouvons construire une autoroute à six voies, mais si un camion passe 14 heures à une frontière à cause de la bureaucratie, cette autoroute devient juste un parking coûteux. Nous n’avons pas seulement besoin d’un mécanisme pour signaler les barrières non tarifaires (BNT); nous avons besoin d’un organisme régional doté de véritables pouvoirs d’application pour sanctionner les retards bureaucratiques qui étranglent nos chaînes d’approvisionnement. »
Sur l’intégration monétaire, le vice-président a exhorté les dirigeants de la CEDEAO à adopter une approche pragmatique.
Tout en reconnaissant des décennies de discussions autour d’une monnaie régionale unique, l’Eco, M. Kalu a qualifié la convergence macroéconomique complète d’« de plus en plus irréaliste dans les conditions actuelles ».
À la place, il a préconisé de donner la priorité au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), le présentant comme une solution fonctionnelle et immédiate aux défis liés aux paiements commerciaux régionaux.
« Le passage au numérique: PAPSS plutôt que l’Eco
Pendant des décennies, nous avons poursuivi le rêve d’une monnaie unique (l’Eco). Il est temps de revenir à la réalité. La convergence macroéconomique totale est un mirage du XXᵉ siècle. À la place, nous devons orienter stratégiquement notre énergie vers le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). La réalité est que le PAPSS offre certains des avantages clés d’une monnaie unique, notamment le règlement instantané en devises locales, sans perte de souveraineté nationale.
Il élimine également la « dépendance au dollar » qui coûte à l’Afrique 5 milliards de dollars par an en frais de transaction. Pourquoi attendre indéfiniment une monnaie partagée alors que nous pouvons résoudre le problème des paiements dès aujourd’hui avec un système numérique? Cessons de débattre du visage qui doit figurer sur une monnaie qui n’existe pas et commençons à connecter les banques centrales à un système qui fonctionne déjà.
En donnant la priorité à l’Initiative de commerce guidé (GTI), nous rendons la ZLECAf une réalité pour le fabricant à Aba, l’agro-transformateur en Côte d’Ivoire et le petit commerçant en Gambie. »