Détenus politiques: une loi d’apaisement adoptée dans un climat de transition

Adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale et promulgué par la présidente par intérim Delcy Rodríguez, le texte prévoit la libération de nombreux prisonniers politiques, tout en excluant certains crimes graves.

54

L’Assemblée nationale du Venezuela a adopté à l’unanimité, jeudi 19 février, une loi d’amnistie générale destinée à permettre la libération de détenus politiques. Le texte a été promulgué dans la foulée par la présidente par intérim Delcy Rodríguez, marquant un tournant politique majeur dans le pays.

Cette décision intervient moins de deux mois après l’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro, capturé le 3 janvier lors d’une opération militaire menée par les États-Unis. Face à la pression internationale, notamment américaine, les autorités vénézuéliennes avaient promis des mesures d’apaisement, dont cette amnistie.

« Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon », a déclaré Delcy Rodríguez depuis le palais présidentiel, quelques minutes après la signature du texte. Elle a estimé que cette loi ouvrait « de nouvelles voies pour la politique au Venezuela ». Interrogée sur le calendrier des libérations, elle a affirmé que celles-ci étaient déjà en cours.

Soulagement prudent devant les prisons

Devant plusieurs établissements pénitentiaires, des familles de détenus, mobilisées depuis des semaines, ont suivi les débats parlementaires sur leurs téléphones portables. Beaucoup campaient devant les prisons depuis le 8 janvier, date à laquelle des promesses de libérations avaient été annoncées.

L’adoption du texte, après deux reports successifs, a suscité des applaudissements mêlés de prudence. « Heureuse et pleine d’espoir, mais toujours sur le qui-vive », a confié Petra Vera, dont un proche est incarcéré à la prison Zona 7 de Caracas.

Les proches de détenus qui avaient entamé une grève de la faim ont mis fin à leur mouvement après l’annonce. Dix femmes avaient cessé de s’alimenter pour dénoncer les libérations au compte-goutte ; la dernière gréviste a arrêté après 136 heures de jeûne.

Une amnistie encadrée et controversée

La loi couvre des faits survenus lors de treize périodes précises de manifestations et de répression. Certains espéraient une amnistie élargie couvrant l’ensemble de la période 1999-2026, incluant les présidences de Hugo Chávez et de Nicolás Maduro.

Le texte exclut toutefois les personnes impliquées dans des « violations graves des droits humains », des crimes contre l’humanité, des homicides, du trafic de drogue ou des infractions de corruption. Il exclut également ceux ayant participé ou soutenu des « actions armées » contre l’État, une disposition susceptible d’écarter plusieurs figures de l’opposition, dont María Corina Machado, qui avait soutenu l’intervention américaine du 3 janvier.

Selon l’ONG Foro Penal, dirigée par Gonzalo Himiob, environ 450 prisonniers politiques ont déjà été libérés, mais plus de 600 resteraient incarcérés. Une commission devrait examiner les dossiers, la décision finale revenant aux tribunaux.

Un nouveau chapitre politique ?

Pour les organisations de défense des détenus, cette amnistie représente une opportunité de tourner la page des tensions. Diego Casanova, du Comité pour la Liberté des prisonniers politiques, y voit « une occasion en or » d’ouvrir un nouveau cycle de paix et de coexistence.

Dans un contexte de rapprochement avec Washington, Delcy Rodríguez a également promis une réforme judiciaire. Cette annonce s’inscrit dans une dynamique plus large de normalisation des relations bilatérales, rompues depuis 2019, et de réformes économiques, notamment dans le secteur des hydrocarbures désormais partiellement ouvert au privé.

Reste à savoir si cette loi d’amnistie marquera un véritable tournant démocratique ou si ses nombreuses exceptions en limiteront la portée politique.

Comments are closed.