Internet et électricité insuffisants: pourquoi le Sénat a rendu la transmission des résultats facultative
Les insuffisances des infrastructures numériques et électriques ont conduit les sénateurs à rendre la transmission électronique des résultats électoraux facultative plutôt qu’obligatoire.
Le Sénat nigérian a expliqué que des données empiriques ont guidé sa décision de rendre la transmission électronique des résultats électoraux facultative plutôt qu’obligatoire dans le cadre de la réforme en cours du système de gouvernance électorale du pays.
Il a indiqué que cette décision repose sur les réalités concrètes du pays et non sur l’émotion ou le sentiment, après des consultations et des échanges approfondis avec les principaux acteurs des secteurs des télécommunications et de l’énergie, entre autres.
Le leader du Sénat, le sénateur Opeyemi Bamidele, a clarifié la position de la Chambre haute par le biais de sa Direction des médias et des affaires publiques dimanche, affirmant que l’élaboration des lois « implique d’énormes responsabilités à l’échelle mondiale, et que le Sénat ne peut exercer ces responsabilités au détriment des citoyens ».
Le Sénat avait rejeté la clause 60, section (3), du projet de loi électorale 2026. Cette disposition stipulait que l’agent électoral « transmettra électroniquement les résultats de chaque bureau de vote vers le portail de consultation des résultats de la Commission électorale nationale indépendante (IReV) en temps réel… ».
Le Sénat a ensuite réexaminé cette clause controversée afin de renforcer la transmission électronique des résultats conformément à la demande publique, tout en prévoyant qu’en cas de défaillance d’Internet, le formulaire EC8A servirait de principal moyen de compilation des résultats.
Dans sa déclaration de dimanche, le sénateur Bamidele a reconnu que la clause 60 section (3) du projet de loi électorale 2026 « est une initiative que toute législature ou parlement dans le monde aurait normalement adoptée », compte tenu de son potentiel à renforcer la confiance dans les institutions démocratiques, notamment l’Assemblée nationale et la Commission électorale nationale indépendante (INEC).
Cependant, il a souligné que le Sénat a également examiné l’autre aspect de la clause, qui révèle que les infrastructures de communication et d’électricité du pays ne garantiraient pas la transmission électronique des résultats en temps réel, comme l’envisagent certains acteurs.
S’appuyant sur des données de la Nigerian Communications Commission (NCC), le sénateur Bamidele a indiqué que le Nigeria n’avait atteint qu’environ 70 % de couverture haut débit en 2025, tandis que le taux de pénétration d’Internet ne représentait que 44,53 % de la population sur la même période.
Il a également cité le Speedtest Global Index, qui classe le Nigeria au 85e rang sur 105 pays en matière de fiabilité du réseau mobile et au 129e rang sur 150 pays pour la fiabilité de l’Internet fixe à haut débit.
Il a ajouté : « Selon le Speedtest Global Index, la fiabilité du réseau mobile du Nigeria est de 44,14 mégabits par seconde. C’est extrêmement faible comparé aux Émirats arabes unis (691,76 mbps), au Qatar (573,53 mbps), au Koweït (415,67 mbps), à Bahreïn (303,21 mbps) et à la Bulgarie (289,41 mbps). L’indice place le Nigeria bien en dessous de la moyenne mondiale.
La performance de l’Internet fixe à haut débit au Nigeria est également très faible selon les standards mondiaux. Sur 150 pays, le Nigeria occupe la 129e position avec seulement 33,32 mbps. Dans ce classement, Singapour arrive en tête avec 410,06 mbps, suivi des Émirats arabes unis (382,35 mbps), de la France (346,25 mbps), du Chili (348,41 mbps) et de Hong Kong (345,25 mbps). »
Le leader du Sénat a également cité des données officielles sur l’état des infrastructures électriques, révélant qu’au moins 85 millions de Nigérians « n’ont toujours pas accès à l’électricité du réseau national », soit environ 43 % de la population.
« Ce déficit illustre l’état de notre infrastructure énergétique. Bien que notre capacité de production oscille entre 12 000 et 13 500 mégawatts, nos capacités de distribution et de transmission sont très limitées. Comme nous le savons tous, seulement 4 500 mégawatts peuvent être effectivement distribués aux ménages à l’échelle nationale. Toutefois, avec la loi sur l’électricité de 2025, notre secteur énergétique enregistrera une croissance significative dès cet exercice budgétaire. »
Au regard de ces conditions, le sénateur Bamidele a exprimé des doutes quant à la faisabilité de la transmission électronique des résultats en temps réel, estimant que rendre cette disposition obligatoire pourrait plonger le pays dans une crise.
Selon les standards internationaux, a-t-il affirmé, la transmission électronique en temps réel « pourrait ne pas être praticable à ce stade de notre développement.
Afin d’éviter une situation qui aggraverait les difficultés du pays, il est préférable de la rendre facultative, d’autant que la section 62(2) de la loi électorale de 2022 a déjà institué le Registre électronique national des résultats électoraux.
Tous ces éléments étaient soumis à notre examen avant que nous décidions initialement de maintenir la section 60(3 & 5) de la loi électorale de 2022 dans l’intérêt du peuple et de la sécurité. Les données reflètent les réalités concrètes de notre fédération et non des considérations émotionnelles.
Nous reconnaissons que l’élaboration des lois implique d’énormes responsabilités. En tant que représentants du peuple, nous ne pouvons adopter des lois fondées uniquement sur l’émotion ou le sentiment public. La Constitution nous impose ces obligations, et nous ne pouvons les exercer au détriment des citoyens.
En démocratie, l’élaboration des lois est au cœur de la gouvernance publique. Elle constitue la sève qui irrigue toutes les institutions publiques. Elle ne répond pas à de simples émotions, mais à des faits, des preuves et des réalités susceptibles de définir ou de déformer l’avenir de notre système politique. Si notre législation ne reflète pas les réalités de la fédération, elle devient un facteur d’anarchie ou un vecteur d’instabilité.
C’est cette analyse qui a guidé la décision du Sénat de reformuler la clause 60(3 & 5) en y ajoutant une réserve, tout en répondant de manière substantielle aux préoccupations de nos concitoyens. Cette réserve consiste en la suppression pure et simple de l’expression “en temps réel” afin d’éviter l’adoption d’un cadre électoral incapable de s’adapter aux réalités concrètes de notre pays. »