Sécurité alimentaire menacée: des financements internationaux toujours non décaissés au Nigeria
La Chambre des représentants exige des explications sur des financements agricoles soutenus par la Banque africaine de développement et la JICA, alors que les retards menacent la sécurité alimentaire du pays.
La Chambre des représentants s’apprête à ouvrir une enquête sur le présumé non-déblocage de 174,26 milliards de nairas destinés à des fonds d’intervention agricole. Le Comité sur la production et les services agricoles appelle les ministères, départements et agences (MDA) ainsi que les partenaires au développement à coopérer pleinement avec cette investigation.
Le président du Comité, Bello Ka’oje, dans un communiqué publié dimanche, a exhorté toutes les agences gouvernementales concernées et les parties prenantes à fournir les documents nécessaires et à apporter leur soutien afin de garantir une enquête approfondie et transparente.
Il convient de rappeler qu’à la fin du mois de janvier, la Chambre, après l’adoption d’une motion parrainée par Ka’oje, avait décidé d’enquêter sur les projets agricoles financés par des partenaires au développement, notamment ceux soutenus par la Banque africaine de développement et la Japan International Cooperation Agency, afin d’assurer la reddition de comptes et l’utilisation judicieuse des ressources.
Selon le parlementaire, le Comité a été spécifiquement mandaté pour examiner les circonstances entourant le non-déblocage des 174,26 milliards de nairas de fonds d’intervention, ainsi que pour analyser la persistance du coût élevé des engrais, qui continue d’affecter négativement les agriculteurs et la production alimentaire à l’échelle nationale.
Il a souligné que le retard dans la mise à disposition des fonds obtenus auprès de partenaires internationaux au développement a accentué les inquiétudes liées à l’insécurité alimentaire, notamment après la déclaration d’un état d’urgence sur la sécurité alimentaire par le président Bola Ahmed Tinubu en juillet 2023 — une mesure qui avait déclenché plusieurs interventions agricoles soutenues par des bailleurs.
Donnant davantage de précisions, Ka’oje a révélé que le Nigeria a négocié en février 2023 un prêt de 134 millions de dollars avec la Banque africaine de développement pour soutenir le projet National Agricultural Growth Scheme–Agro Pocket (NAGS-AP), dont 99,67 millions de dollars ont été versés au Fonds consolidé des recettes (CRF).
Cependant, un solde de 55,30 milliards de nairas reste à décaisser au profit des distributeurs d’intrants agricoles approvisionnant 280 000 producteurs de blé et soutenant 150 000 riziculteurs dans le cadre du programme de saison sèche 2024/2025.
Il a également indiqué que 15 milliards de yens japonais ont été obtenus auprès de la Japan International Cooperation Agency en avril 2024 sous forme de prêt d’urgence pour la sécurité alimentaire. Bien que la première tranche de 12 milliards de yens (118,96 milliards de nairas) ait été décaissée en mars 2025, elle n’a pas encore été transférée aux agences chargées de la mise en œuvre.
Le mécanisme de la JICA, a-t-il expliqué, vise à soutenir 550 000 petits exploitants agricoles grâce à des intrants subventionnés pour la production de riz, de maïs, de soja et de manioc durant la saison des pluies 2025 et la saison sèche 2025/2026.
Ka’oje a exprimé sa vive préoccupation quant au caractère limité dans le temps de ces fonds, soulignant que les retards ont déjà contraint des agriculteurs à manquer des périodes de semis, entraînant une baisse de la production pour la récolte 2025 et faisant peser des risques importants sur la saison agricole 2026.
Il a en outre averti qu’environ 200 millions de dollars supplémentaires de financement de la BAD, dans le cadre d’un mécanisme de financement basé sur les résultats, pourraient également être compromis en raison de la non-mise en œuvre des interventions précédentes. « La gravité de ces questions exige un engagement ferme pour garantir la mise en œuvre de toutes les interventions afin de sauver le secteur agricole national et d’assurer la sécurité alimentaire », a-t-il déclaré.
Le Comité a donc exhorté toutes les parties prenantes et les agences gouvernementales responsables du déblocage et de l’exécution des fonds à coopérer pleinement avec l’Assemblée nationale afin de lever tous les obstacles entravant les progrès.