Sénégal: après la mort d’un étudiant, la jeunesse défie les autorités

La mort tragique d’un étudiant en médecine, sur fond de revendications liées aux bourses impayées, ravive les tensions entre le pouvoir et une jeunesse sénégalaise qui avait massivement soutenu l’alternance de 2024.

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À Dakar, l’accalmie est revenue à l’université Cheikh Anta Diop (UCAD), mais le malaise demeure palpable. Plusieurs jours d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre ont culminé avec la mort d’un étudiant en deuxième année de médecine, un drame qui a profondément ému l’opinion publique et ravivé les critiques contre les autorités.

À l’origine du mouvement, une revendication bien connue dans les universités sénégalaises : le paiement des arriérés de bourses. Depuis des années, les retards récurrents alimentent la frustration des étudiants et provoquent régulièrement des manifestations, parfois marquées par des heurts avec la police.

Cette semaine, la situation a basculé. Des vidéos largement partagées montrent des forces de l’ordre en tenue antiémeute intervenant à coups de matraque sur le campus et jusque dans les résidences universitaires. Des images qui ont choqué une grande partie de la population.

Alassane Goudjaby, étudiant à l’Institut national supérieur d’éducation populaire et de sport de l’UCAD, affirme que les étudiants n’avaient initialement pas prévu de descendre dans la rue. Selon lui, l’intervention policière aurait déclenché la mobilisation. Il soutient que des étudiants auraient été délogés de leurs chambres et violemment frappés, certains blessés.


Une mort au cœur de la controverse

Le point culminant des tensions est survenu lundi, avec le décès d’un étudiant en médecine dans des circonstances encore floues. Le gouvernement a évoqué une « tragédie » et reconnu des actes de brutalité policière, tout en affirmant que certains manifestants auraient tenté de vandaliser des infrastructures universitaires.

Une version contestée par de nombreux étudiants, qui réclament une enquête indépendante afin d’établir les responsabilités et de faire toute la lumière sur les circonstances du drame.

Demba Naguel Diallo, étudiant en physique et chimie, exprime une déception largement partagée : beaucoup espéraient un changement profond avec les nouvelles autorités issues de l’alternance de 2024. Pour lui, seule une enquête transparente pourra apaiser les tensions.


Une jeunesse en rupture

La crise revêt une dimension particulière dans un pays où près des trois quarts de la population ont moins de 35 ans. La jeunesse a été un moteur déterminant du changement politique en 2024, soutenant massivement les promesses de rupture avec les pratiques passées.

Aujourd’hui, certains étudiants parlent ouvertement de trahison. Sur le campus, les slogans dénonçant les violences policières traduisent un profond désenchantement face à un pouvoir qu’ils avaient pourtant porté.

Deux jours après les affrontements, l’université et les résidences étudiantes demeurent fermées. De nombreux étudiants ont quitté Dakar, dans l’incertitude quant à la reprise des cours.

Au-delà des dégâts matériels, c’est la relation entre le pouvoir et une partie de la jeunesse sénégalaise qui apparaît fragilisée. L’heure est désormais aux réponses, aux responsabilités éventuelles et aux mesures concrètes susceptibles de restaurer la confiance entre les autorités et une génération en quête de justice et de considération.

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