Après quinze ans de pouvoir autoritaire, le Bangladesh vote pour un nouveau départ

Plus de 127 millions d’électeurs ont participé à des élections législatives cruciales marquant la fin du règne de Sheikh Hasina, sur fond de tensions politiques, de mobilisation massive des jeunes et de promesses de réformes démocratiques.

55

Plus de 127 millions de Bangladais étaient appelés aux urnes jeudi pour élire les 350 membres du Parlement monocaméral, lors d’un scrutin présenté comme l’un des plus décisifs de l’histoire récente du pays. Ces élections visent à mettre un terme définitif aux quinze années de pouvoir de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, renversée en 2024 à la suite d’une insurrection meurtrière menée notamment par les jeunes de la Génération Z.

Le dépouillement a débuté à 16h30, immédiatement après la fermeture des bureaux de vote. Les premières tendances sont attendues dans la nuit, tandis que les résultats officiels devraient être proclamés vendredi matin, selon la Commission électorale.

Dès l’ouverture des bureaux à 7h30, de longues files d’attente se sont formées, notamment dans la capitale Dacca. Certains électeurs ont évoqué un moment historique, à l’image de Nur Alam Shamim, qui affirmait ne pas avoir voté depuis 1991 et se disait fier de participer à ce scrutin.


Un paysage politique bouleversé

Le parti de Sheikh Hasina ayant été déclaré hors-la-loi, la compétition s’est principalement jouée entre ses deux opposants historiques : le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et le Jamaat-e-Islami.

Tarique Rahman, dirigeant du BNP et héritier d’une puissante dynastie politique, apparaît comme le favori pour diriger le futur gouvernement. Âgé de 60 ans, il affirme vouloir obtenir un mandat clair pour reconstruire un pays qu’il estime affaibli par des années d’autoritarisme.

Face à lui, Shafiqur Rahman, chef du Jamaat-e-Islami, aspire à devenir le premier chef de gouvernement islamiste du Bangladesh, pays majoritairement musulman. Malgré son passé d’opposant emprisonné sous Sheikh Hasina, il a mené une campagne axée sur la modération, la lutte contre la corruption et la création d’emplois, promettant des élections transparentes.


Une campagne tendue et une jeunesse mobilisée

La campagne électorale s’est déroulée dans un climat tendu, parfois marqué par des violences, mais aussi par une mobilisation sans précédent depuis 2009. Les scrutins précédents avaient été boycottés par l’opposition ou entachés d’accusations de fraude.

Les jeunes, qui représentent 44 % du corps électoral, jouent un rôle central dans cette élection. Déjà moteurs du soulèvement de 2024, ils espèrent aujourd’hui des réformes profondes dans un pays confronté au ralentissement économique et à une corruption persistante.

À la tête du gouvernement provisoire depuis l’été 2024, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a qualifié cette journée de moment capital pour la démocratie bangladaise. Âgé de 85 ans, il a annoncé qu’il quitterait ses fonctions une fois les résultats proclamés. Avant cela, il a obtenu l’adoption d’une série de réformes institutionnelles, notamment la limitation à deux mandats pour le Premier ministre et la création d’une seconde chambre parlementaire. Cette « Charte de juillet » est soumise à référendum en parallèle des législatives.


Une issue incertaine sous haute sécurité

L’issue du scrutin demeure imprévisible. Depuis son exil en Inde, Sheikh Hasina, condamnée à mort pour la répression des événements de 2024, n’a donné aucune consigne de vote à ses partisans, laissant planer une incertitude sur leur comportement électoral.

Les observateurs internationaux insistent sur la nécessité d’un processus crédible et accepté par tous les acteurs politiques. La Commission électorale a promis un scrutin régulier et transparent, misant sur une forte participation.

Pour garantir le bon déroulement du vote, les autorités ont mobilisé un important dispositif sécuritaire : plus de 300 000 membres des forces armées, de la police et des services de sécurité ont été déployés à travers le pays.

Au-delà du résultat, ces élections pourraient marquer un tournant majeur pour la démocratie bangladaise, à condition que la transition politique se fasse dans la transparence et l’acceptation des urnes.

Comments are closed.