Nord de la Syrie: Damas avance, les Kurdes dénoncent une rupture d’accord
Alors que l’armée syrienne progresse dans le nord du pays, les Forces démocratiques syriennes dénoncent la rupture d’un accord de retrait et appellent à une médiation internationale.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ont accusé samedi le pouvoir central syrien d’avoir “trahi” un accord conclu entre les deux parties, alors que l’armée régulière poursuit son avancée et étend son contrôle sur plusieurs zones stratégiques du nord du pays.
Selon des communiqués officiels, l’armée syrienne a pris, le samedi 17 janvier, le contrôle de plusieurs secteurs du nord de la Syrie, évacués sous la pression militaire par les forces kurdes. Les troupes gouvernementales ont indiqué poursuivre leur progression, dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires.
Cette nouvelle avancée intervient alors que le président islamiste Ahmed al-Charaa consolide son autorité sur de nouveaux territoires, au lendemain de la promulgation d’un décret accordant certains droits nationaux à la minorité kurde. Un texte jugé largement insuffisant par les autorités kurdes, qui dénoncent un manque de garanties politiques et sécuritaires.
Blocage politique et reprise des hostilités
Face à l’impasse des négociations entre Damas et les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord et du nord-est du pays, les forces gouvernementales avaient déjà délogé les combattants kurdes de plusieurs quartiers d’Alep la semaine dernière. Elles leur ont ensuite ordonné de se retirer de zones situées à l’est de la ville.
Après des bombardements ciblés vendredi, l’armée syrienne s’est déployée samedi matin dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, selon des correspondants sur place, alors que les forces kurdes se repliaient.
Damas a fait état de la mort de deux soldats lors d’une “attaque” attribuée aux forces kurdes, tandis que les FDS ont affirmé avoir perdu plusieurs de leurs combattants dans des frappes de l’armée syrienne.
Les autorités syriennes ont par ailleurs annoncé être entrées dans la ville de Tabqa, dans la province de Raqqa, une zone que les Kurdes estiment non incluse dans l’accord de retrait, alimentant davantage les accusations de rupture unilatérale.
Raqqa sous tension, inquiétudes internationales
Les FDS ont signalé de violents combats et des bombardements dans la province de Raqqa, toujours sous leur contrôle. En réaction, les autorités kurdes ont instauré un couvre-feu, alors que les forces gouvernementales ont évoqué leur intention de frapper des objectifs dans la région.
La ville de Raqqa, ancienne “capitale” du groupe jihadiste État islamique, avait été reprise par les FDS avec l’appui d’une coalition internationale dirigée par les États-Unis.
Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a appelé samedi les forces syriennes à cesser toute attaque dans la zone comprise entre Alep et Tabqa, plaidant pour une “coopération étroite entre les partenaires syriens”.
Enjeux énergétiques et médiations diplomatiques
Durant la guerre civile syrienne (2011-2024), les FDS avaient pris le contrôle de vastes territoires du nord et du nord-est, incluant des champs pétroliers et gaziers stratégiques. Les autorités syriennes ont annoncé samedi avoir repris le contrôle de deux champs pétroliers, un enjeu économique majeur dans la consolidation du pouvoir central.
Un accord conclu en mars dernier prévoyait l’intégration progressive des institutions civiles et militaires kurdes au sein de l’État syrien. Sa mise en œuvre reste cependant bloquée par des exigences contradictoires, malgré le soutien de Washington aux deux camps.
Dans ce contexte, le chef des FDS, Mazloum Abdi, a rencontré samedi à Erbil, dans le nord de l’Irak, l’émissaire américain Tom Barrack, ainsi que Nechirvan Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien.
Plus tôt dans la journée, le président français Emmanuel Macron et Nechirvan Barzani ont appelé à une “désescalade immédiate” et à un cessez-le-feu permanent en Syrie, lors d’un entretien téléphonique, selon l’Élysée. Ils ont également plaidé pour la reprise des discussions sur l’intégration des FDS dans l’État syrien, conformément à l’accord du 10 mars 2025, tout en rappelant que la protection des civils incombe pleinement aux autorités syriennes.