Donald Trump lance son Conseil de la paix, boudé par les grandes puissances

Présenté comme une alternative aux mécanismes multilatéraux existants, le nouveau Conseil de la paix initié par Donald Trump peine à convaincre les grandes puissances et plusieurs alliés traditionnels des États-Unis.

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Le président américain Donald Trump a officiellement lancé, jeudi à Davos, son Conseil de la paix, à l’issue d’une cérémonie de signature réunissant une trentaine de pays alliés. Présentée comme une réponse audacieuse aux échecs du multilatéralisme traditionnel, cette nouvelle organisation internationale démarre toutefois sans l’adhésion des grandes puissances mondiales ni de plusieurs partenaires historiques de Washington.

Malgré un discours ambitieux et volontariste, le projet a été accueilli par un silence diplomatique prudent, voire par des refus à peine voilés. Des acteurs majeurs de la scène internationale tels que la Chine, la Russie ou l’Inde n’ont pas rejoint l’initiative, tandis que plusieurs alliés occidentaux ont choisi de temporiser.

À ce stade, 35 pays ont accepté de rejoindre le Conseil, sur les 60 États ayant confirmé avoir reçu une invitation officielle. Parmi les pays favorables figurent notamment l’Arabie saoudite, la Turquie, la Hongrie et la Biélorussie. La liste complète des membres n’a cependant pas été rendue publique.

Des adhésions déjà sources de tensions

Certaines adhésions ont d’ores et déjà suscité des crispations. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a accepté de rejoindre le Conseil tout en critiquant la création d’un sous-comité dédié à Gaza, au sein duquel devraient siéger des représentants de la Turquie et du Qatar.

L’invitation adressée au président russe Vladimir Poutine a particulièrement heurté plusieurs capitales européennes. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a ainsi déclaré qu’il refuserait catégoriquement de siéger aux côtés de son homologue russe. Quant aux alliés traditionnels des États-Unis, ils ont pour la plupart préféré adopter une position d’attente.

La crainte d’un substitut aux Nations unies

L’une des principales raisons de la réticence internationale réside dans la peur de voir ce Conseil concurrencer directement l’Organisation des Nations unies. Initialement conçu pour proposer une solution à la guerre à Gaza, le projet s’est rapidement élargi à une ambition globale, dépassant le seul cadre du Moyen-Orient.

Dans le préambule de la charte fondatrice, transmise aux États invités, le Conseil de la paix est présenté comme une organisation visant à « promouvoir la stabilité, restaurer une gouvernance fiable et légitime et garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ». Le document critique explicitement des « approches et institutions qui ont trop souvent échoué », une allusion à peine voilée à l’ONU, et appelle à avoir « le courage de s’en écarter » au profit d’une structure jugée « plus agile et plus efficace ».

Des pays comme la Norvège et la France ont mis en garde contre le risque d’un affaiblissement du rôle central des Nations unies. Aucun des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU n’a, à ce stade, accepté l’invitation américaine. La France a décliné, le Royaume-Uni a indiqué ne pas adhérer pour l’instant, la Chine n’a pas répondu, tandis que la Russie affirme encore examiner la proposition.

Un Conseil sous le contrôle étroit de Donald Trump

Autre point de friction majeur : la concentration des pouvoirs entre les mains du président américain. Bien que les décisions soient théoriquement prises à la majorité des États membres, chacune disposant d’une voix, elles restent soumises à l’approbation du président du Conseil, conférant de facto un droit de veto à Donald Trump.

Premier président du Conseil de la paix, Donald Trump détient des prérogatives très étendues : il est seul habilité à inviter de nouveaux membres, peut révoquer leur participation et contrôle l’agenda de l’organisation, sauf opposition d’une majorité qualifiée des deux tiers.

Son mandat, sans limite de durée clairement définie, s’apparente à une présidence quasi permanente. Il peut désigner son successeur à tout moment et ne peut être remplacé qu’en cas de démission volontaire ou d’incapacité constatée à l’unanimité par un conseil exécutif constitué à sa discrétion. Cette architecture institutionnelle suscite de fortes inquiétudes, d’autant plus après plusieurs initiatives controversées du président américain début 2026, allant de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro à des menaces d’annexion du Groenland.

Un siège permanent à prix exorbitant

Le Conseil de la paix version Trump apparaît également comme une organisation à adhésion coûteuse. Si la charte prévoit initialement un mandat maximal de trois ans pour chaque État membre, cette limite peut être levée en échange d’une contribution d’un milliard de dollars.

Le texte précise que cette règle ne s’applique pas aux États versant plus d’un milliard de dollars comptant au Conseil dans l’année suivant l’entrée en vigueur de la charte, sans indiquer clairement l’affectation de ces fonds.

Cette exigence financière, largement passée sous silence par les alliés de Donald Trump, a néanmoins suscité une réaction du Canada, qui a affirmé ne pas être disposé à « payer pour un siège ». Ottawa a toutefois laissé la porte ouverte à des discussions, soulignant l’importance d’« avoir une place à la table » afin d’influencer le processus de l’intérieur, tout en reconnaissant que plusieurs points restent à clarifier.

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