Après Assad, la réconciliation tribale devient un pilier du nouveau pouvoir syrien
Face à une mosaïque confessionnelle et ethnique héritée de la guerre, les nouvelles autorités syriennes misent sur les clans sunnites pour contenir les violences, éviter les vengeances et préserver l’unité nationale.
Depuis septembre 2025, les nouvelles autorités syriennes ont engagé une initiative inédite pour réduire les tensions internes au sein de la majorité sunnite : la création d’un Bureau des tribus et des clans, placé sous la direction de Jihad Issa al-Cheikh, proche du président Ahmed al-Charaa. Dans un pays marqué par les violences confessionnelles, les affrontements intercommunautaires et les recompositions armées, ce dispositif vise à canaliser les rivalités, prévenir les vengeances et intégrer les clans comme acteurs de stabilisation plutôt que comme foyers de déstabilisation.
À Alep, symbole de cette approche, la réconciliation reste un exercice périlleux. Le Bureau local s’efforce de maintenir un fragile pacte de non-agression entre anciens rebelles et milices sunnites qui avaient soutenu le régime Assad avant de retourner leurs alliances en 2024. Certaines figures claniques, naguère piliers du système répressif, ont joué un rôle déterminant dans la chute de la ville, sans pour autant effacer les rancœurs accumulées. Les autorités tentent ainsi de concilier justice, protection des civils et impératifs sécuritaires, dans une ville où cohabitent sunnites, chrétiens et minorités chiites sous haute surveillance militaire.
À Damas, le Bureau des clans s’emploie à convaincre et encadrer les notables tribaux. Le message est clair : tourner la page des anciennes querelles, soutenir l’État et rompre avec les pratiques de clientélisme héritées de l’ère du parti Baas. Les clans sont appelés à proposer des profils compétents pour l’administration et la future Assemblée nationale, sans chercher à confisquer le pouvoir. Cette ligne de crête vise à préserver l’influence sociale des chefs traditionnels tout en affirmant l’autorité des institutions.
Dans les régions de Hama, Homs et Idleb, la médiation tribale a permis d’éviter plusieurs embrasements communautaires. À Homs, des assassinats initialement perçus comme confessionnels ont été désamorcés grâce à une mobilisation rapide des représentants claniques. À Idleb, où cette méthode est expérimentée depuis 2017, les clans servent de relais entre l’État, les populations déplacées et les territoires encore hors du contrôle de Damas. Pour le nouveau pouvoir syrien, l’enjeu est vital : rassurer la majorité sunnite, éviter les basculements vers de nouvelles radicalisations et ancrer la stabilité dans des dynamiques locales. Dans cette équation complexe, le Bureau des tribus et des clans s’impose comme un instrument central de la Syrie post-Assad, entre pacification sociale et gestion des fractures laissées par plus d’une décennie de guerre.