L’Iran coupé du monde face à une contestation historique

Depuis fin décembre, l’Iran est secoué par des manifestations d’ampleur nationale durement réprimées par les autorités. Coupures d’Internet, violences armées et bilans humains contradictoires alimentent les craintes d’un massacre, tandis que les tensions diplomatiques s’intensifient.

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L’Iran est plongé depuis le 28 décembre dans une vague de manifestations sans précédent depuis la mort de Mahsa Amini en 2022. Initialement déclenchée par la hausse du coût de la vie, la contestation a rapidement pris une dimension politique. Des slogans ouvertement hostiles au régime et à l’ayatollah Ali Khamenei ont résonné dans les rues, des marchés aux universités, dans les 31 provinces du pays. Selon des ONG, plus de 500 rassemblements ont été recensés à travers le territoire.

Face à l’ampleur de la mobilisation, les autorités ont décidé, à partir de vendredi, de couper Internet et les réseaux téléphoniques, isolant largement le pays du reste du monde. Les appels internationaux n’aboutissaient plus, les vols ont été annulés et les médias en ligne fonctionnaient de manière intermittente. Cette stratégie a été vivement dénoncée par l’Union européenne et les Nations unies, qui y voient une atteinte grave à la liberté d’expression et à la documentation des violations des droits humains.

Malgré le blackout, des images ont continué de circuler, montrant des foules massives dans les rues de Téhéran et d’autres grandes villes. Certaines vidéos, authentifiées par des médias internationaux, révèlent des corps alignés devant des morgues et des familles à la recherche de proches disparus. L’ONG Iran Human Rights affirme avoir confirmé la mort d’au moins 192 manifestants, tout en alertant sur un bilan réel potentiellement bien plus élevé. D’autres sources évoquent plusieurs milliers de morts et des milliers d’arrestations, tandis que des hôpitaux seraient débordés par l’afflux de blessés.

Les témoignages d’avocats et de défenseurs des droits humains font état de l’utilisation d’armes de guerre contre les manifestants, de milices lourdement armées et de scènes qualifiées de « massacres ». De leur côté, les autorités iraniennes affirment que des membres des forces de sécurité ont également été tués. En parallèle, les tensions internationales se ravivent : Washington évoque à la fois des négociations et des options militaires, tandis que l’Union européenne envisage de nouvelles sanctions contre Téhéran en réponse à la répression.

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