CAN 2025: Sénégal–Mali, un quart de finale chargé d’histoire et de fraternité
Bien plus qu’un simple match de football, le quart de finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Mali ravive les liens historiques, culturels et politiques qui unissent ces deux nations d’Afrique de l’Ouest.
L’un des chocs les plus attendus des quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 mettra aux prises, ce vendredi 9 janvier, le Sénégal et le Mali. Au-delà de l’enjeu sportif — une place en demi-finale du tournoi organisé au Maroc — cette confrontation résonne comme un duel fraternel entre deux pays voisins unis par une histoire commune exceptionnelle en Afrique de l’Ouest.
Grand favori de la compétition, le Sénégal part avec un léger avantage face à un Mali toujours redoutable. Les deux sélections se sont déjà affrontées à 41 reprises, mais c’est la première fois qu’elles se retrouvent dans un match à élimination directe en Coupe d’Afrique des nations. Sur le plan statistique, la tendance est clairement en faveur des Lions de la Teranga : les Aigles maliens n’ont plus battu le Sénégal depuis 1997.
Mais ce quart de finale dépasse largement le cadre du football. Sur les réseaux sociaux comme dans les rues de Dakar et de Bamako, la rencontre suscite un engouement particulier, nourri par le passé partagé des deux nations. Avant d’être des États indépendants, le Sénégal et le Mali ont longtemps coexisté au sein de grands empires africains — Ghana, Mali puis Songhaï — avant de passer sous domination coloniale française au XIXᵉ siècle.
De 1895 à 1958, les deux territoires font partie de l’Afrique-Occidentale française, avec Dakar comme capitale administrative. À la fin des années 1950, dans le contexte de la décolonisation, un ambitieux projet politique voit le jour : la Fédération du Mali. En décembre 1958, lors d’un congrès à Bamako, des représentants du Sénégal, du Soudan français (actuel Mali), du Dahomey et de la Haute-Volta envisagent la création d’une entité fédérale. Finalement, seuls le Sénégal et le Soudan français adhèrent au projet.
La Fédération naît officiellement en janvier 1959. Une Constitution est adoptée et un gouvernement fédéral mis en place, avec Léopold Sédar Senghor à la tête de l’Assemblée et Modibo Keita comme président du gouvernement. Après plusieurs mois de négociations avec la France, la Fédération du Mali proclame son indépendance le 20 juin 1960, devenant l’un des symboles forts de la vague d’émancipation africaine.
Cependant, cette union ne résiste pas aux divergences politiques et aux tensions internes. À l’été 1960, des désaccords profonds apparaissent entre dirigeants sénégalais et soudanais, notamment sur l’organisation du pouvoir et les nominations. Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance, suivi un mois plus tard par la naissance de la République du Mali.
Malgré ce divorce politique, les liens entre les deux pays restent solides. Ils conservent la même devise nationale — « Un peuple, un but, une foi » — et arborent des drapeaux aux couleurs similaires, symboles d’une fraternité toujours vivace.
À la veille de cette rencontre très attendue, les sélectionneurs ont donné le ton. Côté malien, Tom Saintfiet a évoqué un match intense : « Ce sera une guerre, ce ne sera pas facile. Le Sénégal est favori, mais nous avons une chance. Nous avons du respect, mais nous n’avons pas peur », a-t-il déclaré. En réponse, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a tenu à apaiser les esprits : « Pour moi, c’est un match de football, pas une guerre. Ici, nous avons tous des parents maliens ou sénégalais. Nous sommes voisins, nous sommes des frères. »
Symbole vivant de cette histoire partagée, Pape Thiaw lui-même est d’origine malienne par sa mère et sénégalaise par son père. « Je suis un professionnel et je suis à 1 000 % avec le Sénégal, car j’en suis le sélectionneur », a-t-il conclu avec humour.