Relations exécutif–législatif : un enjeu clé pour la consolidation démocratique au Nigeria

Lors d’une conférence universitaire à Ilorin, le vice-président du Sénat nigérian a exhorté les dirigeants politiques à renforcer la coopération institutionnelle pour améliorer la gouvernance et consolider la démocratie.

153

Le vice-président du Sénat du Nigeria, le sénateur Barau Jibrin, a appelé à un renforcement de la coopération et du respect mutuel entre l’Exécutif et le Législatif, qu’il considère comme une condition essentielle à la consolidation de la démocratie au sein de la Quatrième République nigériane.

Il s’exprimait lors de la 15ᵉ cérémonie de collation des grades de l’Université Al-Hikmah, à Ilorin, dans l’État de Kwara, où il a prononcé la leçon inaugurale. À cette occasion, Barau Jibrin a averti que les frictions récurrentes entre les deux pouvoirs continuent d’affaiblir les résultats de l’action publique et de miner la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques.

Intitulée « La gestion des relations Exécutif–Législatif en vue de la consolidation démocratique dans la Quatrième République du Nigeria », la conférence a analysé l’impact des relations interinstitutionnelles sur la stabilité démocratique depuis le retour du pays à un régime civil en 1999.

Selon le sénateur, bien que le Nigeria ait fait preuve d’une relative résilience démocratique au cours des vingt-cinq dernières années, la qualité de la gouvernance reste largement tributaire de la manière dont l’Exécutif et le Législatif gèrent leurs prérogatives constitutionnelles et leurs responsabilités communes.

Consolidation démocratique

Barau Jibrin a souligné que la consolidation démocratique ne se limite pas à l’organisation régulière d’élections, mais implique également le respect strict de la Constitution, la séparation des pouvoirs, la reddition des comptes et l’État de droit. Il a rappelé que les premières années de la Quatrième République ont été marquées par de vives confrontations entre la présidence et l’Assemblée nationale, notamment autour des luttes de leadership, des procédures budgétaires, des menaces de destitution et des fonctions de contrôle parlementaire, reflétant selon lui des faiblesses institutionnelles héritées des régimes militaires.

Le dirigeant du Sénat a identifié la prédominance de l’Exécutif, la faible capacité institutionnelle du Parlement, les rivalités partisanes et la personnalisation du pouvoir comme principales causes de ces conflits.

Il a insisté sur le fait que le contrôle parlementaire ne doit pas être perçu comme une hostilité envers l’Exécutif, mais comme une obligation constitutionnelle visant à garantir la transparence et la responsabilité dans la gestion des affaires publiques. Il a averti que la politisation excessive de cette fonction nuit à la crédibilité des institutions démocratiques.

Retards budgétaires et gouvernance

Abordant la question des retards dans l’adoption des budgets, Barau Jibrin a estimé qu’ils résultent davantage d’un déficit de confiance et d’un manque de concertation que de lacunes dans la Constitution de 1999. Selon lui, une gouvernance efficace repose sur un dialogue constant, opportun et respectueux des mandats institutionnels.

Il a également mis en lumière le rôle des partis politiques dans la configuration des relations Exécutif–Législatif, avertissant qu’un contrôle excessif des partis par l’Exécutif affaiblit l’indépendance du Parlement et compromet la démocratie. Pour renforcer la gouvernance démocratique, il a plaidé en faveur de mécanismes de concertation réguliers, du renforcement des capacités législatives à travers la recherche et le soutien institutionnel, du respect rigoureux des dispositions constitutionnelles et d’une meilleure éducation civique.

À ce titre, il a cité la création de l’Institut national des études législatives et démocratiques et du Fonds fiduciaire de la bibliothèque de l’Assemblée nationale comme des réformes destinées à accroître l’efficacité du Parlement et à réduire les tensions politiques observées aux débuts de la Quatrième République.

Le sénateur a enfin exhorté les responsables politiques à placer l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles, affirmant que le leadership éthique demeure un pilier fondamental de l’avenir démocratique du Nigeria.

S’adressant aux étudiants diplômés, Barau Jibrin les a invités à défendre les valeurs démocratiques et à contribuer à une gouvernance responsable, rappelant que la démocratie repose non seulement sur des institutions solides, mais aussi sur des citoyens éclairés et engagés.

Il a salué l’Université Al-Hikmah pour sa promotion d’un savoir intégrant responsabilité morale et civique, tout en exprimant son optimisme quant au renforcement continu de la démocratie nigériane.

La cérémonie a rassemblé de nombreuses personnalités de premier plan, parmi lesquelles le gouverneur de l’État de Kwara, Abdulrahman Abdulrazaq, représenté par son adjoint Kayode Alabi, l’ancien chef de cabinet du défunt président Muhammadu Buhari, le professeur Ibrahim Gambari, ainsi que plusieurs leaders traditionnels, universitaires et économiques, dont le président de la NACCIMA, Alhaji Jani Ibrahim.

Comments are closed.