Discours complet du Président Tinubu à l’AGNU 78

Tinubu parle des problèmes qu’affrontent le Nigéria et l’Afrique en général

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DISCOURS DE SON EXCELLENCE, BOLA AHMED TINUBU, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE DU NIGÉRIA, LORS DU DÉBAT GÉNÉRAL DE LA 78E SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES, LE 18 SEPTEMBRE 2023

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement, Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les délégués, Mesdames et Messieurs,

Monsieur le Président,

Au nom du peuple nigérian, je vous félicite pour votre élection bien méritée à la présidence de cette session de l’Assemblée générale des Nations unies.

Nous félicitons votre prédécesseur, Son Excellence, M. Csaba Korosi, pour sa gestion avisée de l’Assemblée.

Nous félicitons également Son Excellence Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, pour son travail de recherche de solutions aux défis communs de l’humanité.

C’est la première fois que je m’adresse à l’Assemblée générale. Permettez-moi de dire quelques mots au nom du Nigéria, au nom de l’Afrique, sur le thème de cette année.

De nombreuses proclamations ont été faites, mais nos problèmes restent à portée de main. Les échecs en matière de bonne gouvernance ont entravé l’Afrique. Mais les promesses non tenues, les traitements injustes et l’exploitation pure et simple de la part de l’étranger ont aussi lourdement pesé sur notre capacité à progresser.

Compte tenu de cette longue histoire, si le thème de cette année doit avoir une quelconque signification, il doit signifier quelque chose de spécial et de particulier pour l’Afrique.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les nations se sont réunies pour tenter de reconstruire leurs sociétés déchirées par la guerre. Un nouveau système mondial est né et ce grand organisme, les Nations unies, a été créé comme symbole et protecteur des aspirations et des idéaux les plus nobles de l’humanité.

Les nations ont compris qu’il était dans leur intérêt d’aider les autres à sortir des décombres et des ruines de la guerre. Une aide fiable et significative a permis à des pays décharnés par la guerre de devenir des sociétés fortes et productives.

Cette période a marqué le point culminant de la confiance dans les institutions mondiales et de la conviction que l’humanité avait tiré les leçons nécessaires pour aller de l’avant dans la solidarité et l’harmonie mondiales.

Aujourd’hui et depuis plusieurs décennies, l’Afrique demande le même niveau d’engagement politique et de dévouement aux ressources que celui qui a caractérisé le plan Marshall.

Nous sommes conscients que les conditions et les causes sous-jacentes des défis économiques auxquels l’Afrique d’aujourd’hui est confrontée sont sensiblement différentes de celles de l’Europe d’après-guerre.

Nous ne demandons pas des programmes et des actions identiques. Ce que nous recherchons, c’est un engagement tout aussi ferme en faveur d’un partenariat. Nous cherchons à renforcer la coopération internationale avec les nations africaines pour réaliser l’agenda 2030 et les Objectifs de développement durable.

Il y a cinq points importants que je veux souligner.

Premièrement, pour que le thème de cette année ait un quelconque impact, les institutions mondiales, les autres nations et leurs acteurs du secteur privé doivent considérer le développement de l’Afrique comme une priorité, non seulement pour l’Afrique, mais aussi dans leur intérêt.

En raison de facteurs internes et externes de longue date, les structures économiques du Nigéria et de l’Afrique ont été faussées de manière à entraver le développement, l’expansion industrielle, la création d’emplois et la répartition équitable des richesses.

Si le Nigéria veut remplir son devoir envers son peuple et le reste de l’Afrique, nous devons créer des emplois et croire en un avenir meilleur pour notre peuple.

Nous devons également montrer l’exemple.

Pour favoriser la croissance économique et la confiance des investisseurs au Nigéria, j’ai supprimé la subvention au carburant, coûteuse et corrompue, tout en abandonnant un système de taux de change néfaste dès les premiers jours de mon mandat. D’autres réformes axées sur la croissance et l’emploi sont en cours.

Je suis conscient des difficultés passagères que les réformes peuvent entraîner. Toutefois, il est nécessaire de passer par cette phase pour jeter les bases d’une croissance et d’un investissement durables afin de construire l’économie que notre peuple mérite.

Nous sommes ouverts aux partenariats avec ceux qui ne voient pas d’inconvénient à ce que le Nigéria et l’Afrique jouent un rôle plus important au sein de la communauté mondiale.

La question n’est pas de savoir si le Nigéria est ouvert aux affaires. La question est de savoir quelle partie du monde est réellement prête à faire des affaires avec le Nigéria et l’Afrique sur un pied d’égalité et de manière mutuellement bénéfique.

L’investissement direct dans les industries critiques, l’ouverture de leurs ports à une gamme plus large et à une plus grande quantité d’exportations africaines et un allègement significatif de la dette sont des aspects importants de la coopération que nous recherchons.

Deuxièmement, nous devons affirmer que la gouvernance démocratique est le meilleur garant de la volonté souveraine et du bien-être du peuple. Les coups d’État militaires sont condamnables, de même que tout arrangement politique civil déséquilibré qui perpétue l’injustice.

La vague qui traverse certaines parties de l’Afrique ne témoigne pas d’un penchant pour les coups d’État. Il s’agit d’une demande de solutions à des problèmes persistants.

En ce qui concerne le Niger, nous négocions avec les chefs militaires. En tant que président de la CEDEAO, je cherche à aider à rétablir une gouvernance démocratique de manière à relever les défis politiques et économiques auxquels cette nation est confrontée, y compris les extrémistes violents qui cherchent à fomenter l’instabilité dans notre région. Je tends la main de l’amitié à tous ceux qui soutiennent sincèrement cette mission.

Cela m’amène à mon troisième point crucial. Toute notre région est engagée dans une longue bataille contre les extrémistes violents. Dans la tourmente, un sombre canal de commerce inhumain s’est formé. Le long de la route, tout est à vendre. Hommes, femmes et enfants sont considérés comme des biens meubles.

Pourtant, des milliers de personnes risquent le sable chaud du Sahara et les profondeurs froides de la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure. Dans le même temps, des mercenaires et des extrémistes, avec leurs armes meurtrières et leurs idéologies infâmes, envahissent notre région depuis le nord.

Ce trafic néfaste sape la paix et la stabilité de toute une région. Les nations africaines amélioreront leurs économies afin que leurs habitants ne risquent pas leur vie pour balayer les sols et les rues d’autres nations. Nous nous attacherons également à démanteler les groupes extrémistes sur notre territoire.

Toutefois, pour endiguer totalement cette menace, la communauté internationale doit renforcer son engagement à arrêter le flux d’armes et de personnes violentes vers l’Afrique de l’Ouest.

Le quatrième aspect important de la confiance et de la solidarité mondiale consiste à protéger les zones riches en minerais du continent contre le pillage et les conflits. Nombre de ces régions sont devenues des catacombes de misère et d’exploitation. La République démocratique du Congo en souffre depuis des décennies, malgré la forte présence des Nations unies sur place. L’économie mondiale doit beaucoup à la RDC, mais lui donne très peu.

Les ravages causés dans les régions riches en ressources ne respectent pas les frontières nationales. Soudan, Mali, Burkina Faso, RCA, la liste s’allonge.

Les problèmes frappent également à la porte du Nigéria.

Des entités étrangères, soutenues par des criminels locaux qui aspirent à devenir de petits chefs de guerre, ont réduit des milliers de personnes en servitude pour extraire illégalement de l’or et d’autres ressources. Des milliards de dollars censés améliorer la situation du pays alimentent désormais des entreprises violentes. Si rien n’est fait, elles menaceront la paix et mettront gravement en péril la sécurité nationale.

Compte tenu de l’ampleur de cette injustice et des enjeux considérables qu’elle implique, de nombreux Africains se demandent si ce phénomène est le fruit du hasard ou d’une volonté délibérée.

Les États membres doivent répondre en collaborant avec nous pour dissuader leurs entreprises et leurs ressortissants de se livrer à ce pillage des richesses du continent au XXIe siècle.

Cinquièmement, le changement climatique a de graves répercussions sur le Nigéria et l’Afrique. Le nord du Nigéria est poursuivi par l’avancée du désert sur des terres autrefois arables. Notre sud est frappé par la marée montante des inondations et de l’érosion côtières. Au centre, la saison des pluies apporte des inondations qui tuent et déplacent des multitudes.

Alors que je déplore les décès dans mon pays, je déplore également les graves pertes de vies humaines au Maroc et en Libye. Le peuple nigérian est avec vous.

Les nations africaines lutteront contre le changement climatique, mais elles doivent le faire à leur manière. Pour obtenir le consensus populaire nécessaire, cette campagne doit s’inscrire dans le cadre des efforts économiques globaux.

Au Nigéria, nous construirons un consensus politique en mettant en avant des actions correctives qui favorisent également l’économie. Des projets tels qu’une muraille verte pour stopper l’avancée du désert, l’arrêt de la destruction de nos forêts par la production et la distribution en masse de poêles à gaz, et la création d’emplois dans des projets locaux de gestion de l’eau et d’irrigation sont des exemples d’efforts qui font progresser à la fois les objectifs économiques et ceux liés au changement climatique.

Les efforts continentaux en matière de changement climatique remporteront d’importantes victoires si les économies établies sont plus disposées à investir dans les secteurs public et privé en faveur des initiatives préférées de l’Afrique.

Une fois de plus, cela contribuerait grandement à démontrer que la solidarité mondiale est réelle et fonctionne.

 

CONCLUSION

 

Pour conclure, permettez-moi de souligner que les objectifs du Nigéria sont conformes aux principes directeurs de cet organe mondial : la paix, la sécurité, les droits de l’homme et le développement.

La nature a été fondamentalement bienveillante à l’égard de l’Afrique, lui offrant des terres et des ressources en abondance, ainsi que des populations créatives et industrieuses. Pourtant, l’homme a trop souvent manqué d’humanité envers ses semblables et cette triste tendance a entraîné des difficultés durables aux portes de l’Afrique.

Pour rester fidèle aux principes de cet organe mondial et au thème de l’assemblée de cette année, il faut mettre fin à la pauvreté des nations. Le pillage des ressources d’une nation par les excès des entreprises et des peuples de nations plus fortes doit cesser. La volonté des peuples doit être respectée. Cette planète belle, généreuse et indulgente doit être protégée.

En ce qui concerne l’Afrique, nous ne voulons être ni un appendice ni un protecteur. Nous ne souhaitons pas remplacer les vieux carcans par de nouveaux.

Nous espérons plutôt fouler le riche sol africain et vivre sous le magnifique ciel africain, libre des torts du passé et débarrassés des fardeaux qui y sont associés. Nous voulons un espace de vie démocratique prospère et dynamique pour notre peuple.

Au reste du monde, je dis de marcher avec nous comme de véritables amis et partenaires. L’Afrique n’est pas un problème à éviter ni à plaindre. L’Afrique n’est rien de moins que la clé de l’avenir du monde.

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