Le Nigéria n’a pas besoin d’un gouvernement intérimaire

Article de Shiktra Shalangwa

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Les 25 février et 18 mars 2023, les Nigérians se sont rendus aux urnes pour élire un nouveau groupe de dirigeants. L’élection présidentielle a désigné Asiwaju Ahmed Bola Tinubu, de All Progressives Congress (APC) au pouvoir, comme président élu, battant l’ancien vice-président Atiku Abubakar, l’ancien gouverneur Peter Obi et quinze autres candidats.

Les élections législatives ont également vu l’émergence de nouveaux législateurs qui occuperont les deux chambres sacrées en tant que législateurs pour les quatre prochaines années. De même, au niveau infranational, les gouverneurs des États et les membres des parlements étatiques ont été élus ou réélus. Ils resteront eux aussi en fonction jusqu’en 2027.

Avant ces élections, il y avait beaucoup d’appréhension dans la société quant au caractère pacifique du processus. À la grande déception des prophètes de malheur, les élections se sont déroulées pacifiquement dans la plupart des régions du pays, avec seulement des poches de crise dans des endroits isolés.

L’annonce des résultats des élections, tant au niveau national qu’au niveau des États, a toutefois été accueillie avec beaucoup d’anxiété et de plaintes de la part des partis politiques lésés et de leurs candidats. L’arbitre électoral, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a renvoyé les plaignants à la disposition relative à l’usage des lois du pays pour obtenir réparation. Heureusement, la plupart des personnes lésées ont saisi les tribunaux de leurs doutes.

Cependant, alors que les différentes audiences vont débuter dans les prochains jours, le Département des services de sécurité de l’État (DSS), l’agence secrète de sécurité du Nigéria, a révélé que certains Nigérians sans scrupules complotaient pour faire échouer le processus et assurer l’intronisation d’un gouvernement intérimaire.

Le porte-parole de la DSS, Dr Peter Afunanya, qui a fait cette déclaration, a indiqué que l’agence avait identifié certains acteurs clés dans le complot pour un gouvernement intérimaire au Nigéria, mais n’a pas donné de détails sur l’identité de ces personnes.

Un gouvernement intérimaire est un gouvernement de transition, intronisé pour gouverner temporairement entre deux gouvernements dans une démocratie parlementaire. Ce type d’administration n’a pas sa place dans la constitution nigériane et l’idée d’un tel arrangement est hautement condamnable.

L’appel à un gouvernement intérimaire fait suite à des griefs et à des allégations d’irrégularités électorales de la part de la CENI lors des élections générales de 2023. Même dans ce cas, les lois du pays permettent aux tribunaux d’être l’arbitre final dans de telles affaires. Il n’est donc pas nécessaire de mettre en place un gouvernement intérimaire.

Un accord de gouvernement intérimaire n’affectera pas seulement le système démocratique dont le Nigéria jouit depuis plus de 23 ans, mais mettra le pays sur une voie rétrograde qui le mènera au bord du gouffre. Le Nigéria jouit d’une démocratie ininterrompue depuis près de 24 ans. Cette situation résulte de la fin du régime militaire en 1999, lorsque l’ancien président Olusegun Obasanjo a été élu.

La seule fois où un gouvernement intérimaire a été mis en place au Nigéria, c’était en 1993, à la suite de l’annulation par le dictateur militaire de l’époque, le général Ibrahim Babangida, des élections les plus libres et les plus équitables jamais organisées dans l’histoire du pays. Cette mesure n’a duré que 83 jours.

Les partisans d’un gouvernement intérimaire devraient noter qu’un tel arrangement inconstitutionnel ramènerait le pays en arrière et lui donnerait une image négative à l’échelle internationale, compte tenu du déroulement relativement pacifique des élections générales de 2023.

On attend donc du DSS qu’il agisse sur la base des informations dont il dispose, afin d’étouffer l’affaire dans l’œuf, avant qu’elle ne se transforme en une crise incontrôlable qui ne serait dans l’intérêt de personne à l’intérieur ou même à l’extérieur du pays. Cela permettra également d’éviter que le Nigéria ne soit ramené 24 ans en arrière.

Ce qui devrait préoccuper les Nigérians aujourd’hui, c’est la transition en douceur et pacifique du pouvoir d’un président civil à un autre. Ce n’est qu’à cette condition que les Nigérians pourront espérer continuer à jouir des dividendes de la démocratie dans un environnement de plus en plus sûr et pacifique.

 

Article de Shiktra Shalangwa; Traduction de Mourtada Nanzif Adékounlé

 

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