À Brasilia, les saccages n’ont pas épargné un patrimoine historique inestimable

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Les pro-Bolsonaro qui ont envahi les lieux de pouvoir à Brasilia le 8 janvier ont tout saccagé sur leur passage, y compris des œuvres d’art à la valeur inestimable. L’Institut du patrimoine historique artistique national a “profondément déploré les dégâts occasionnés” lors de cette attaque.

Toiles de maître endommagées, statues taguées, pendule Louis XIV défoncée… Plusieurs œuvres d’art à la valeur inestimable ont été saccagées par les bolsonaristes lors de leur assaut des lieux de pouvoir, dimanche 8 janvier.

Les trois bâtiments vandalisés, le palais présidentiel de Planalto, le Cour suprême et le siège du Congrès, constituent des trésors de l’architecture moderne signés Oscar Niemeyer. Les constructions futuristes aux courbes emblématiques de cet architecte génial sont pour beaucoup dans le classement par l’Unesco du tissu urbain de la capitale brésilienne au Patrimoine mondial de l’humanité, en 1987.

Chacun des trois bâtiments, dont une quantité impressionnante de vitres ont été brisées, regorgeait en outre de mobilier rare, d’œuvres de grands artistes modernistes brésiliens ou d’autres offertes au Brésil par des pays étrangers.

Dans un communiqué, l’Institut du patrimoine historique artistique national (Iphan) a “profondément déploré les dégâts occasionnés” et assuré qu’une expertise serait menée prochainement pour “évaluer les besoins de restauration”.

La statue de “La Justice” taguée

La statue de granite “La Justice”, sculptée en 1961 par le Brésilien Alfredo Ceschiatti, trône devant la Cour suprême, sur la Place des Trois pouvoirs, en face du palais présidentiel.

Cette œuvre monumentale de plus de trois mètres de haut représente une femme assise, les yeux bandés, une épée à la main.

Elle a été taguée dimanche avec l’inscription “Perdeu, mané” (“tu as perdu, pauvre con”) sur la poitrine.

Cette expression avait été utilisée par un juge de la Cour suprême, Luis Roberto Barroso, pour s’adresser à un bolsonariste qui l’interpellait sur la fiabilité des urnes électroniques en novembre, peu après la défaite de Jair Bolsonaro face à Luiz Inacio Lula da Silva au second tour de la présidentielle.

Une pendule Louis XIV sans cadran

Une pendule fabriquée par Balthazar Martinot, horloger du roi de France Louis XIV, de marqueterie Boulle, a été retrouvée sur le sol, au troisième étage du palais présidentiel, le coffre marron et doré très abîmé, un trou béant à la place du cadran.

Selon la présidence, il s’agissait d’un cadeau de la cour du roi Soleil à la couronne portugaise, apporté par le roi Joao VI au Brésil en 1808, quand il avait fui Lisbonne à l’approche des troupes napoléoniennes.

Seules deux pendules de ce type ont été fabriquées par cet horloger : l’autre, qui fait la moitié de la taille de celle qui a été endommagée au Brésil, est exposée au château de Versailles.

La restauration de l’exemplaire de Brasilia est considérée comme “très difficile” par Rogerio Carvalho, responsable du patrimoine des palais présidentiels, cité dans un communiqué.

Un tableau de grand peintre lacéré

Le tableau “Les mulâtres”, du peintre Di Cavalcanti, un des maîtres du modernisme brésilien, exposé au Salon noble du troisième étage du palais présidentiel, a été gravement endommagé.

La toile datant de 1962, qui représente quatre femmes dans un décor végétal exubérant, a été “trouée à sept reprises” à coups de couteau par les émeutiers, selon la présidence.

“Sa valeur est estimée à 8 millions de réais (environ 1,4 million d’euros), mais ce genre d’œuvre est habituellement vendu cinq fois plus cher aux enchères”.

Une table historique utilisée comme barricade

La “table de travail de Juscelino Kubitschek”, ex-président brésilien visionnaire à l’origine de la construction de Brasilia, capitale bâtie ex nihilo au milieu de la savane et inaugurée en 1960, a également été endommagée.

Cette table marron foncé, conçue par Oscar Niemeyer et sa fille unique Anna Maria, a été renversée et utilisée comme barricade par les émeutiers pour bloquer l’accès des forces de l’ordre, selon la présidence.

 

Avec AFP

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