COP27 : “Le climat ne saurait être la variable d’ajustement de la guerre”, affirme Emmanuel Macron

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“L’urgence climatique est bien là, elle n’est pas pour demain”, a rappelé Emmanuel Macron depuis la tribune de la COP27 à Charm el-Cheikh, en Égypte, estimant que la guerre en Ukraine ne devait pas prendre le pas sur la lutte contre le réchauffement climatique.

“Le climat ne saurait être la variable d’ajustement de la guerre lancée par la Russie sur le sol ukrainien”, a affirmé Emmanuel Macron lundi 7 novembre à Charm el-Cheikh, en Égypte, où sont réunis des chefs d’États et de gouvernement du monde entier pour la 27e Conférence de l’ONU sur le climat.

“Nous ne sacrifierons pas nos engagements climatiques sous la menace énergétique de la Russie”, a-t-il ajouté. Le président français a insisté sur l’importance de tenir les engagements pris lors de la dernière COP, à Glasgow, en Écosse, et réaffirmé l’importance du plan européen de réduction des émissions à hauteur de 55 % de baisse pour 2030.

Une stratégie qui va reposer, selon le président français, sur la “sobriété énergétique”, “le développement accéléré des renouvelables” ou bien encore “l’accélération du nucléaire” pour compenser la baisse de l’utilisation des énergies fossiles.

Aide financière aux pays vulnérables

Le président français a également appelé à une refonte des mécanismes de solidarité en faveur des pays en voie de développement.

En 2009, les pays développés, plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, s’étaient engagés à verser 100 milliards d’euros par an aux pays du Sud, les plus affectés par les changements climatiques, à partir de 2020, pour les aider à lutter contre le réchauffement climatique. Un objectif loin d’être atteint.

“Nous devons aller plus loin que les 100 milliards”, a déclaré Emmanuel Macron. “Nous ne pouvons nous en sortir que par une recomposition de nos mécanismes de solidarité publics, privés.”

Alors que le débat sur l’aide financière aux États les plus vulnérables grossit à la COP27, Emmanuel Macron a précisé sa position plus tôt dans la journée : “Les Européens payent” mais “on est les seuls à payer”. “Il faut donc “mettre la pression sur les pays riches non européens, leur dire ‘Vous devez payer votre part'”, a-t-il dit lors d’un échange à Charm el-Cheikh avec des jeunes Africains et Français engagés pour le climat.

“Il faut qu’on ait les États-Unis et la Chine qui soient vraiment au rendez-vous” en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de solidarité financière, a-t-il ajouté.

Interdire l’exploitation des grands fonds marins

Le président français Emmanuel Macron a par ailleurs plaidé pour une “interdiction de toute exploitation des grands fonds marins”.

“Les océans doivent être ce qu’a été, au fond, l’espace il y a quelques années : c’est une nouvelle frontière pour la coopération et le multilatéralisme”, a-t-il déclaré à la tribune du sommet.

La France, “au rendez-vous de ses engagements”, “soutient l’interdiction de toute exploitation des grands fonds marins”, a-t-il ajouté. “J’assume cette position, et la porterai dans les enceintes internationales.”

En juin, le chef de l’État français avait déjà défendu, lors de la conférence des Nations unies pour les océans, l’élaboration d’un “cadre légal pour mettre un coup d’arrêt à l’exploitation minière des fonds en haute mer et ne pas autoriser de nouvelles activités qui mettraient en danger les écosystèmes océaniques”.

Emmanuel Macron a aussi promis la mise en place d’un “programme de préservation positive” pour protéger les “écosystèmes critiques – les forêts anciennes, les tourbières, les mangroves ou les zones humides”.

Bilan climatique contesté

Le discours du président sur la scène internationale sera suivi, mardi à Paris, par des travaux pratiques à l’échelle nationale : une réunion à l’Élysée avec les industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre français pour les inciter à hâter leur “décarbonation”.

En parallèle, Emmanuel Macron s’est engagé, dans une vidéo sur Twitter, à répondre personnellement cette semaine aux questions des Français sur “le défi écologique”.

Après un premier mandat contrasté en matière environnementale, Emmanuel Macron avait promis en avril, entre les deux tours de la présidentielle, de passer à la vitesse supérieure. Le second quinquennat “sera écologique ou ne sera pas”, avait-il lancé à Marseille, dans le sud de la France. Cette priorité a pris la forme d’un objectif, aller “deux fois plus vite” pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L’Élysée met en avant de premiers résultats et une série d’annonces pour montrer que les actes sont au rendez-vous des promesses : vote au Sénat du projet de loi sur les énergies renouvelables – même si son adoption par l’Assemblée nationale n’est pas acquise –, présentation d’un texte pour accélérer le programme nucléaire, objectifs de deux millions de voitures électriques construites en France et d’un milliard d’arbres plantés dans l’Hexagone d’ici 2030…

Pas à la hauteur, répondent toutefois en chœur les opposants de gauche et les défenseurs de l’environnement.

La semaine dernière, une décision a illustré, aux yeux de la gauche, l’absence de réelle volonté de l’exécutif, quand il a passé à la trappe des amendements pourtant adoptés par l’Assemblée nationale pour augmenter de 12 milliards d’euros les aides à la rénovation thermique des logements.

“Le gouvernement avait une belle opportunité d’aider les classes populaires” à affronter ce défi, regrette Clément Sénéchal, de l’association Greenpeace.

Anne Bringault, du Réseau action climat, note aussi que les émissions de gaz à effet de serre de la France, pourtant condamnée pour “inaction climatique”, sont toujours “loin” de la bonne trajectoire.

 

Avec AFP et Reuters

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