Diversifier l’économie nigériane au delà du pétrole

Article de Rita Eremiokhale

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Au fil des années, peu avant et après l’indépendance, le pétrole a été la principale source de revenus et de devises pour le Nigeria, car il a été dépendant d’une seule matière première pendant des décennies.

Le secteur agricole, qui était le principal moteur de l’économie dans le Nigeria précolonial, a été relégué au second plan, tandis que la gestion des revenus pétroliers s’est avérée inefficace pour stimuler l’économie et atteindre le niveau de développement nécessaire, en raison de la corruption qui règne dans le système.

Ce scénario a de sérieuses implications négatives sur le calcul du développement de la nation, car après plus de six décennies d’activités d’exploration pétrolière au Nigeria, un bon pourcentage de Nigérians vit toujours dans une pauvreté abjecte. Le chômage est aujourd’hui à deux chiffres et atteint 33 %, tandis que la productivité est au plus bas. Compte tenu de ce scénario, il est urgent de chercher des moyens de diversifier la base productive de l’économie nigériane en dehors du pétrole.

Les analystes ont observé que, compte tenu des circonstances particulières du Nigeria et des succès enregistrés avant l’avènement du pétrole, la diversification s’imposait pour que le pays puisse surmonter les problèmes inhérents à une économie monotype, en particulier une économie largement dominée par le pétrole, sujet à l’épuisement, aux chocs des prix internationaux et à des quotas défavorables.

Trois secteurs, l’agriculture, le tourisme et la technologie et les innovations, sont des options possibles pour diversifier l’économie nigériane. D’après les conclusions d’une étude menée récemment, l’amélioration des espèces hybrides, tant végétales qu’animales, la fourniture d’intrants complémentaires et l’implication directe du gouvernement dans l’agriculture, l’augmentation des fonds alloués au tourisme, l’assouplissement des conditions rigides liées à l’obtention d’un visa touristique, l’utilisation d’installations de pointe sur tous les sites touristiques, ainsi que le financement du développement technologique, contribueront grandement à améliorer la base de revenus du pays et le revenu par habitant.

Le Nigeria est sans aucun doute la plus grande économie d’Afrique avec un produit intérieur brut de plus de 478 milliards de dollars et l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde, avec une croissance moyenne à long terme de 7,7 %. Septième pays le plus peuplé du monde, le Nigeria compte environ 200 millions d’habitants et constitue le plus grand marché d’Afrique, avec une population jeune, dynamique et innovante, qui exploserait pour devenir la plus grande plaque tournante du commerce dans le monde si elle était correctement développée.

Depuis le milieu de l’année 2014, les prix du pétrole fluctuent en raison d’une offre excédentaire, d’une faible demande ou d’une crise dans les principaux pays producteurs de pétrole, comme celle qui oppose actuellement la Russie et l’Ukraine, ce qui entraîne une instabilité des revenus pour le pays.

Pour relancer l’économie, il convient de diversifier sans plus attendre la dépendance économique vis-à-vis du pétrole brut, car le potentiel intrinsèque du Nigeria réside dans d’autres secteurs que le pétrole. Par exemple, le secteur de la technologie et du numérique recèle de grands potentiels pour la croissance de l’économie. Il n’est donc pas étonnant que l’administration Buhari ait créé le ministère de la communication et de l’économie numérique afin d’exploiter les revenus de ce secteur.

De même, l’agriculture est un autre secteur clé qui non seulement améliorera l’économie, mais assurera la sécurité alimentaire et fournira des emplois aux nombreux jeunes chômeurs du pays. S’il est correctement développé, le secteur agricole ne fournira pas seulement des emplois, mais apportera au Nigeria les devises étrangères dont il a besoin et nourrira la nation.

Les liens en amont avec l’agro-transformation et d’autres services tels que la logistique ainsi que l’intégration en amont vers les secteurs d’approvisionnement en intrants pourrait améliorer les revenus agricoles, augmenter l’emploi et améliorer la sécurité alimentaire nationale.

Potentiellement, les exportations agricoles mondiales du Nigeria pourraient décoller à un rythme similaire à celui du Brésil, avec 59 milliards de dollars de recettes d’exportation d’ici 2030. La valeur ajoutée à la production de pétrole et de gaz doit être améliorée de toute urgence par la mise en œuvre d’une diversification au sein du secteur. Cela nécessite des investissements dans le secteur en aval pour développer la pétrochimie, les engrais, le méthanol et le raffinage.

Le sous-secteur du tourisme est un domaine largement sous-utilisé en raison de l’absence de politiques délibérées visant à attirer les touristes et de problèmes de sécurité dans certains sites touristiques. Compte tenu du potentiel touristique du Nigeria, il suffit de l’exploiter comme une autre source de recettes en devises.

Par-dessus tout, il est nécessaire que l’environnement économique et réglementaire soit plus propice aux affaires en simplifiant les réglementations et les processus complexes et en éliminant les obstacles qui s’opposent à une croissance et à des investissements plus importants et plus productifs du secteur privé au Nigeria.

 

Article de Rita Eremiokhale. Traduction faite par Mourtada Nanzif Adékounlé

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