Adopter une approche holistique pour lutter contre la toxicomanie (VP Osinbajo)

Propos recueillis en anglais par Cyril Okonkwo, Abuja

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Le vice-président du Nigéria, le professeur Yemi Osinbajo, a mis au défi l’agence nationale de lutte contre la drogue (NDLEA) d’aller au-delà de l’arrestation, de la poursuite et de la condamnation des personnes impliquées dans l’abus et le trafic de drogues pour finalement adopter une approche plus globale.

Le professeur Osinbajo s’est exprimé lundi lors d’un événement organisé par la NDLEA, en collaboration avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’Union européenne (UE) et la Fondation MTN, pour marquer la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues 2022.

Le thème de l’événement de cette année, tenu au State House Conference Centre, à Abuja, est “Surmonter les défis de la drogue dans les crises sanitaires et humanitaires.”

M. Osinbajo, qui était l’invité d’honneur, a indiqué que le nombre de cas de trafic de drogue signalés prouve qu’il y a encore plus d’activités illicites liées à la drogue, ajoutant que chaque fois que des personnes sont arrêtées pour des infractions liées à la drogue, cela montre qu’il y a un problème.

Soulignant que la vision exprimée par la NDLEA va au-delà de l’arrestation et de la condamnation des personnes impliquées dans l’abus et le trafic de drogues, le vice-président a souligné que l’effort de l’agence doit être approfondi pour garantir l’éradication de la menace.

“Il est très évident qu’il ne s’agit pas seulement d’appréhender mais aussi d’éradiquer complètement le trafic et l’abus de drogues, de briser sans relâche les chaînes d’approvisionnement et les réseaux de distribution de drogues illicites, de décourager la consommation de drogues par des actions de proximité et de sensibilisation intensives et de poursuivre rapidement les trafiquants.

“Mais surtout, nous devons intensifier la réhabilitation des toxicomanes, car ce à quoi nous sommes confrontés est bien une crise de santé publique – une crise qui prend des vies, détruit des familles et brise des communautés.”

Le responsable nigérian s’est réjoui du fait que la NDLEA a conseillé et réhabilité environ 8 000 toxicomanes en 2021, tandis qu’au cours du seul premier semestre de cette année, plus de 11 000 toxicomanes ont été conseillés et traités.

Approche multidimensionnelle

Le vice-président Osinbajo a appelé à une approche multidimensionnelle et holistique dans la lutte contre la toxicomanie, soulignant que le COVID-19 a accéléré la consommation de drogue dans le monde, ce qui a soulevé davantage de défis liés à la drogue.

Il a appelé à l’incorporation de la technologie pour surveiller, détecter les cartels de la drogue et traiter les problèmes qu’ils posent au pays.

“Il est vrai que la pandémie de COVID-19 a accéléré la consommation de drogues dans le monde, en particulier dans les zones rurales, où beaucoup ont eu recours à la toxicomanie et à d’autres mécanismes d’adaptation négatifs en raison des confinements et des chocs socio-économiques.

“L’accès aux drogues illicites est devenu plus facile avec les ventes en ligne et les transactions de drogues sans contact, toutes deux influencées par la pandémie.

“Mais la nouvelle normalité nous offre toujours la possibilité d’innover davantage dans la lutte contre cette menace, grâce à des systèmes de surveillance basés sur la technologie permettant de détecter rapidement les changements sur le marché de la drogue et d’y remédier, ainsi que d’accélérer les programmes mobiles de sensibilisation, les consultations à distance et le traitement des personnes souffrant de troubles liés à la consommation de drogue et ne bénéficiant pas de soins appropriés.

“Autant le gouvernement fédéral, par l’intermédiaire de ses agences, et les gouvernements des États mèneront la charge avec des initiatives politiques décisives, autant ces avancées doivent être complétées par des changements au niveau des familles et des communautés.”

Réorientation des valeurs

Prévenant que le changement souhaité dans la lutte contre l’abus et le trafic de drogues ne serait pas atteint sans la collaboration des familles, des organisations confessionnelles et des dirigeants communautaires, M. Osinbajo a appelé à la réorientation des valeurs dans tout le pays et à une réévaluation des facteurs et systèmes culturels qui favorisent l’abus et le trafic de drogues.

S’exprimant sur le thème de l’événement de cette année, le vice-président s’est dit préoccupé par la tendance croissante de l’abus de drogues dans les zones de conflit et dans les contextes post-conflit tels que les camps de déplacés et de réfugiés.

Selon lui, les défis sécuritaires au Nigeria, découlant des conflits civils et du terrorisme, ont créé un problème à hydre pour le pays.

“Premièrement, le conflit et l’instabilité sapent l’application des lois nationales et compromettent les contrôles aux frontières, ce qui facilite la contrebande de drogues.

“Deuxièmement, les jeunes, qui sont généralement les plus vulnérables à la consommation de drogues, constituent également la majorité des combattants armés. Il n’est donc pas surprenant que ces terroristes et groupes armés criminels consomment beaucoup de drogues. En effet, certaines études ont montré qu’après avoir contrôlé les variables relatives aux groupes armés et aux individus, la consommation de drogues et d’alcool augmente fortement le nombre d’actions violentes perpétrées pendant les conflits.

“Troisièmement, il y a la triple peine que subissent les personnes déplacées, les PDI ou les réfugiés. Il y a le traumatisme et le stress du déplacement, ses conséquences immédiates, le chômage, l’adaptation à de nouvelles cultures, la perte de l’estime de soi et de l’espoir, qui exposent les personnes déplacées à un risque accru de toxicomanie. Pour les femmes et les filles, la situation est encore plus pénible.

Centres de réhabilitation

Le président de la NDLEA, le général de brigade à la retraite Buba Marwa, a noté que le gouvernement nigérian a approuvé la création de six centres de réhabilitation dans les zones géopolitiques pour le traitement et le conseil des toxicomanes.

Exprimant son inquiétude quant à la stigmatisation des consommateurs de drogues, Marwa a précisé que les centres de réhabilitation pourraient ne pas être utilisés efficacement en raison de la façon dont ces patients sont perçus dans la société.

Le représentant de l’ONUDC au Nigeria, Oliver Stolpe, a rappellé que 2022 marquait la fin de 10 ans de coopération intensive entre le gouvernement nigérian et l’Union européenne, avec le soutien des Nations unies.

“Une assistance technique d’une valeur de 40 millions de dollars, comprenant la recherche sur les politiques, la formation et l’équipement, le renforcement des centres de traitement et le déploiement de vastes programmes de prévention ont fait partie de cette collaboration.”

M. Stolpe a davantage renchéri que le plan directeur du Nigéria de lutte contre la drogue a été adopté à l’issue de cette coopération en décembre 2021.

Le vice-président Osinbajo a également dévoilé un nouveau kit de dépistage des drogues lors de l’événement.

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