Pour la première fois, la Colombie élit un président de gauche, Gustavo Petro

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Le candidat socialiste Gustavo Petro a remporté, dimanche, le second tour de la présidentielle en Colombie, d’après les résultats portant sur la quasi-totalité des bulletins dépouillés. Il a aussitôt affirmé que sa victoire, la première pour la gauche dans l’histoire du pays, était un “jour de fête pour le peuple”.

Gustavo Petro est devenu dimanche 19 juin le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, avec 50,45 % des voix, selon des résultats officiels portant sur 99,95 % des bulletins dépouillés.

Avec 11,2 millions de voix en sa faveur, il devance de près de 700 000 voix l’homme d’affaires Rodolfo Hernandez, qualifié surprise du premier tour le 29 mai dernier qui avait devancé le candidat de la droite, laquelle avait jusqu’ici toujours présidé le pays.

“Jour de fête”

“Aujourd’hui est un jour de fête pour le peuple. Laissez-le célébrer la première victoire populaire”, a célébré sur Twitter le sénateur de 62 ans, ex-guérillero et ancien maire de Bogota. “Que tant de souffrances soient guéries par la joie qui inonde aujourd’hui le cœur de la patrie. Cette victoire pour Dieu et pour le peuple et son histoire. Aujourd’hui, c’est le jour des rues et des places”, a-t-il encore lancé.

“Nous n’allons pas trahir cet électorat qui a crié pour que le pays change”, a plus tard lancé Gustavo Petro devant des centaines de ses partisans rassemblés dans une salle de spectacle de Bogota. “Nous nous engageons à un changement véritable, un changement réel”, a-t-il assuré.

“Le changement consiste à laisser la haine et le sectarisme derrière nous. Le changement signifie la bienvenue à l’espérance, la possibilité d’un futur meilleur dans tous les coins du territoire (…). Le gouvernement de l’espérance est arrivé”, a-t-il poursuivi.

“Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, la paix, la justice sociale et la justice environnementale”, a énuméré le prochain président colombien. Gustavo Petro s’est engagé à ce que la Colombie soit désormais “à la tête de la lutte contre le changement climatique dans le monde”, et sauve, avec les autres pays du continent, la jungle amazonienne.

“La majorité des citoyens et des citoyennes ont choisi l’autre candidat. (…). J’accepte le résultat tel qu’il est”, a déclaré dans la foulée Rodolfo Hernandez, dans un bref live sur Facebook depuis son domicile. “Je souhaite au Dr Gustavo Petro qu’il sache comment diriger le pays et qu’il soit fidèle à son discours contre la corruption. Merci beaucoup à tous les Colombiens d’avoir accepté ma proposition, même si nous avons perdu”, a-t-il conclu, le visage défait.

“J’ai appelé @PetroGustavo pour le féliciter en tant que président élu du peuple colombien”, a également annoncé sur Twitter le président conservateur sortant, Ivan Duque. “Nous avons convenu de nous rencontrer dans les prochains jours pour entamer une transition harmonieuse, institutionnelle et transparente”, a ajouté Ivan Duque, qui ne pouvait pas se représenter.

Avec la victoire de Gustavo Petro, une afrodescendante devient pour la première fois vice-présidente du pays : la charismatique Francia Marquez, 40 ans, modeste villageoise devenue activiste écologiste, et qui a joué un grand rôle dans la campagne comme colistière du candidat.

Félicitations européennes

Cette élection présidentielle a consacré la profonde soif de changement des Colombiens, et balaie les élites conservatrices et libérales au pouvoir depuis deux siècles dans la quatrième puissance économique d’Amérique latine.

Les deux qualifiés du premier tour étaient arrivés en tête avec un discours de rupture et “anti-establishment”, Gustavo Petro (40 %) portant un discours “progressiste” et social, en faveur “de la vie” et contre la pauvreté, tandis que Rodolfo Hernandez (28 %) promettait d’en finir avec la corruption, un mal endémique du pays.

La lutte a été particulièrement âpre entre les deux hommes, avec une campagne faite d’accusations en tous genres, de désinformation et autres coups bas. Les derniers sondages publiés il y a une semaine donnaient les deux hommes à quasi-égalité, alors que la droite traditionnelle, en pleine déroute, avait immédiatement appelé à voter en faveur du magnat de l’immobilier.

Comme lors du premier tour, aucun incident majeur n’est venu perturber ce second tour, surveillé par une cohorte d’observateurs et missions internationales.

L’Union européenne, qui avait une mission sur place, a félicité Gustavo Petro par la voix de son haut-représentant pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, pour son “élection comme prochain président de la Colombie”.

L’hypothèse d’un résultat trop serré a inquiété ces derniers jours, alors que le camp Petro avait exprimé des doutes sur la fiabilité du processus électoral, et du logiciel de comptage en particulier.

 

Avec AFP

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