Législatives 2022 : une alliance qui marque un virage historique pour la gauche

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La France insoumise, Europe Écologie-Les Verts, le Parti communiste et le Parti socialiste ont conclu un accord inédit pour présenter des candidatures communes aux élections législatives. Une page majeure de l’histoire de la gauche se tourne.

Après plusieurs jours de discussions, les ennemis d’hier ont fini par s’entendre sur une union de la gauche en vue des élections législatives des 12 et 19 juin. Europe Écologie-Les Verts (EELV), le Parti communiste (PCF) et le Parti socialiste (PS) – sous réserve de validation de l’accord par son Conseil national jeudi 5 mai – ont fini par s’entendre avec La France insoumise (LFI) sur des propositions communes et une répartition des 577 circonscriptions électorales. À ces partis pourrait s’ajouter le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui poursuit ses discussions avec LFI.

Les résultats des législatives diront s’il s’agit d’une union historique, comparable, comme l’ont avancé certains insoumis, au Front populaire de 1936 ou au programme commun de la gauche en 1972. En attendant, l’alliance de la gauche de 2022 autour de La France insoumise est inédite, tant un tel accord semblait impensable il y a encore trois semaines.

Pour rappel, Yannick Jadot et Anne Hidalgo ont eu des mots très durs à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon durant la campagne présidentielle. Le candidat EELV a accusé le leader des insoumis de “complaisance” vis-à-vis de Vladimir Poutine. La candidate socialiste l’a quant à elle carrément qualifié d'”agent”, d'”allié” et de “soutien” du président russe, qui a lancé une offensive militaire en Ukraine.

Depuis, le premier tour de l’élection présidentielle est venu clarifier les rapports de force. En obtenant 21,95 % des suffrages et en échouant à se qualifier pour le second tour pour seulement 422 000 voix, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise se sont imposés comme la force centrale à gauche, loin devant les 4,63 % de Yannick Jadot, les 2,28 % de Fabien Roussel (PCF) ou le 1,75 % obtenu par Anne Hidalgo.

“La présidentielle a vraiment confirmé le statut de La France insoumise comme force principale à gauche, analyse le politologue Pascal Perrineau, professeur à Sciences-Po. La situation était différente en 2017, même si Jean-Luc Mélenchon avait déjà réalisé un bon score. Lui était sur une ligne qui consistait à faire cavalier seul aux législatives, tandis que le PS avait encore des arguments et pouvait à l’époque prétendre obtenir un groupe par ses propres moyens.”

Cinq ans plus tard, la situation est bien différente. La présidentielle de 2022 a permis aux partis de gauche d’ouvrir les yeux : non seulement sur le désir d’union de son électorat – 84 % des sympathisants de gauche se disent favorables à l’alliance conclue par LFI, EELV, le PCF et le PS, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi 4 mai –, mais aussi, en particulier pour le PS et EELV, sur l’idée que ce rapprochement devait se faire sur un programme de rupture avec le néolibéralisme prôné par Emmanuel Macron, reconduit à la tête de l’État.

Le Parti socialiste tourne le dos au quinquennat Hollande

Ainsi, l’alliance conclue par les partis de gauche s’accorde sur un programme qui fait la part belle aux propositions des insoumis : Smic à 1 400 euros nets, garantie d’autonomie pour les jeunes, blocage des prix des produits de première nécessité, rétablissement de l’ISF, abrogation de la “flat tax”, planification écologique, mise en place d’une “règle verte”, VIe République. Mais le fait le plus marquant, dans le catalogue de mesures mises en avant, est sans aucun doute le virage pris par le PS. En se prononçant pour l’abrogation de la loi Travail El Khomri et la retraite à 60 ans, les socialistes tournent clairement le dos au quinquennat de François Hollande et au social-libéralisme.

Ce dernier “récuse l’accord sur le fond et même sur les circonscriptions”, a-t-il indiqué, mercredi, au quotidien régional La Montagne. L’ancien président avait déjà prévenu, le 28 avril sur Franceinfo, qu’un accord entre le PS et LFI mettrait en cause les “principes mêmes qui sont les fondements de l’engagement socialiste”, estimant qu’une alliance avec LFI entraînerait la “disparition” du Parti socialiste.

Avec France 24

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