1er-Mai en France : entre présidentielle et législatives, un défilé très politique

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Plusieurs dizaines de milliers de personnes défilent dimanche pour la traditionnelle Journée internationale du travail, à l’appel de nombreux syndicats et associations, qui espèrent faire entendre, une semaine après le second tour de la présidentielle, leur souhait d’une politique plus sociale et plus écologique dans des cortèges parfois émaillés de tensions.

Une semaine jour pour jour après la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, le traditionnel défilé du 1er-Mai, fête du travail, est organisé un peu partout en France, dans un contexte social éruptif, alors que les questions de pouvoir d’achat, portées par des augmentations records de prix, suscitent de vives inquiétudes au sein de l’exécutif.

À Paris, la manifestation s’est élancée peu après 14 h 30 de la place de la République en direction de la place de la Nation, à l’appel de l’intersyndicale CGT-Unsa-FSU-Solidaires, rejointes par les organisations étudiante et lycéennes Unef, VL, MNL et FIDL, avec pour revendications les questions des salaires, des services publics, de protection sociale et de transition écologique.

La réforme des retraites est aussi l’un des points de crispation de cette journée, qui est “cette année un peu exceptionnelle” car elle intervient une semaine après la réélection d’Emmanuel Macron, a souligné en tête du cortège le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, pour qui une nouvelle mobilisation est envisageable dès “avant la rentrée, parce que le niveau de mécontentement sur les retraites ou les salaires est très fort”.

“Nous sommes opposés résolument, et nous voulons le dire, à toute forme de recul de l’âge de la retraite”, a martelé de son côté le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, présent dans la manifestation.

“Les politiques jouent leur jeu sur les élections législatives, nous ce qu’on pense c’est que face au pouvoir en place, c’est par les luttes (…) que ça va se passer”, a relevé le responsable de Solidaires Simon Duteil. Quant à l’Unsa, son secrétaire général adjoint, Guillaume Trichard, a mis l’accent sur la question du pouvoir d’achat, qui “enjambe la présidentielle et va enjamber les législatives”.

Ce 1er-Mai revêt aussi une signification particulière pour la gauche, présente en ordre dispersé dans le contexte de négociations difficiles pour parvenir à un accord en vue des législatives. Jean-Luc Mélenchon (LFI), qui a pris la parole sur une estrade au moment où le cortège parisien s’ébranlait, ou encore Olivier Faure (PS) étaient au rendez-vous.

Tensions

Très peu de temps après le démarrage du cortège, des tensions sont apparues entre manifestants et forces de l’ordre, avec charges de police et jets de lacrymogènes, a constaté une journaliste de l’AFP. Des bris de vitrine étaient également visible sur le boulevard Voltaire et une poubelle était en feu.

Parmi les slogans : “zéro police, plus de justice et de personnel soignant”, ou “non non à la répression, dans tous les quartiers, dans toutes les régions”. “On veut la moula, pas la poulaga”, pouvait-on lire sur une banderole.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a dénoncé des “violences inacceptables” de “casseurs” habillés de noir et venus “perturber les manifestations du 1er-Mai, notamment à Paris”, avec des dizaines d’enseignes vandalisées sur le parcours, bloquant la progression du cortège syndical.

Ailleurs en France, des manifestations ont rassemblé 1 900 personnes à Bordeaux selon la police (4 500 selon les organisateurs), 3 600 à Marseille et 3 500 à Toulouse selon la police, ou encore de 1 500 à 2 500 à Strasbourg selon les sources. Au total, 255 points de rassemblement étaient prévus dans le pays, selon la CGT.

À Rennes, la manifestation organisée dans la matinée (1 650 personnes selon la préfecture, 2 000 selon la police) s’est déroulée dans le calme, mais des militants d’ultra-gauche se sont ensuite réunis devant la mairie et les forces de l’ordre ont fait usage de lacrymogènes, a constaté l’AFP.

À Nantes, les militants d’ultra-gauche ont tenté de prendre la tête du cortège. “Ils ont commis un certain nombre de dégradations et il y a eu l’intervention des forces de l’ordre pour les disperser”, a indiqué la préfecture. Des vitrines d’agences immobilières ont été brisées, a constaté un photographe de l’AFP. Répondant à des tirs de fusées tirées par les manifestants, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes qui ont notamment pénétré dans un marché couvert, surprenant des clients et commerçants.

À Lyon, 4 000 à 6 000 personnes ont défilé, selon les sources : une mobilisation plus forte que l’an dernier “malgré les vacances scolaires”, a noté le secrétaire départemental de l’UD CGT du Rhône, Joao Pereira-Alfonso.

“Si on ne lutte pas maintenant, on va pleurer des larmes de sang” 

À Lille 2 000 manifestants ont défilé selon la police, parmi lesquels beaucoup suivaient le camion de l’Union populaire, recouvert d’autocollants appelant à élire “Jean-Luc Mélenchon Premier ministre”. “Désormais que l’extrême droite n’a pas pris le pouvoir, notre ambition c’est que Macron lui, ne le garde plus !”, a lancé depuis le camion le député LFI Adrien Quatennens.

En 2021, les organisateurs avaient revendiqué plus de 170 000 manifestants, dont 25 000 à Paris. Le ministère de l’Intérieur avait quant à lui fait état de 106 650 manifestants en France, dont 17 000 dans la capitale.

Les associations et ONG mobilisées sur les questions environnementales étaient également de la partie, à l’appel du collectif Plus jamais ça. Et des délégations étrangères (Kurdes, Algériens…) étaient aussi présentes à Paris.

La CFDT, premier syndicat de France, fait sans surprise bande à part, en organisant un “1er-Mai engagé pour le climat”.

Avec AFP

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