Covid-19 : la Chine organise à Shanghai le plus important confinement depuis celui de Wuhan

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Depuis vendredi, plus de 26 millions d’habitants ont l’interdiction de sortir de chez eux à Shanghai. Un confinement massif qui rappelle celui organisé à Wuhan au début de l’épidémie de Covid-19. Un expatrié français présent sur place témoigne auprès de France 24.

Les rues sont quasi désertes. “Il y a seulement quelques voitures de police et des camions de livraison qui circulent encore”, raconte à France 24 Éric*, un Français expatrié à Shanghai, confiné dans son appartement depuis vendredi 1er avril.

Ce week-end, Shanghai, l’un des principaux poumons économiques de la Chine, a étendu à l’ensemble de ses 26 millions d’habitants l’interdiction de sortir de chez eux. Y compris dans le quartier de Xuhui, qui se trouve à l’ouest du fleuve Huangpu et où habite Éric. Auparavant, seule la moitié de la ville à l’est de ce cours d’eau était touchée, depuis le 28 mars, par ces mesures de lutte contre la propagation de la souche Omicron du virus Sars-CoV-2.

Premier confinement à Shanghai

La Chine n’avait pas eu à prendre des mesures de confinement d’une telle ampleur depuis l’effort initial au printemps 2020 pour éradiquer le Covid-19 de Wuhan, la ville où le virus a été identifié en premier.

Les images de soldats appelés en renfort pour faire respecter les mesures de confinement, de centaines de volontaires vêtus de combinaisons médicales qui font passer des tests PCR à la chaîne évoquent aussi ces premiers temps de la lutte contre le Covid-19 en Chine.

Vu de l’Occident, où l’impression d’une fin de pandémie commence à s’installer alors que les pays relâchent la pression sanitaire les uns après les autres, ces clichés sont surtout un rappel que le virus continue à circuler.

En Chine, plus de 13 000 nouveaux cas de contamination ont été enregistrés dimanche 3 avril. Une incidence qui peut paraître ridicule comparée à certains pays européens comme la France, qui connaît près de 130 000 nouveaux cas par jour. Mais pour Pékin, qui se targue d’avoir appliqué avec succès une politique du “zéro Covid” – éradication du virus plutôt que contrôle de sa propagation –, c’est beaucoup trop.

Sur le total des contaminations en Chine, plus de 8 000 ont été comptabilisées à Shanghai. Une mauvaise nouvelle de plus pour le gouvernement chinois car jusqu’à présent, “la ville avait fait figure d’exception après avoir traversé la pandémie sans être frappée de mesures particulières de restriction à la circulation”, rappelle Éric.

Les autorités avaient réussi à appliquer une politique d’éradication des foyers d’infection qui s’était avérée très efficace jusqu’alors. Dès qu’un cas de contamination était identifié, les autorités mettaient toute la résidence où le patient habitait en quarantaine. Et à Shanghai, “une résidence peut avoir la taille d’une petite commune en France”, précise Éric, qui vit dans une résidence comptant environ 4 000 habitants.

Achats groupés sur Internet

Mais le variant Omicron a eu raison de ce dispositif. Les autorités sanitaires ont reconnu, dimanche 27 mars, avoir été débordées par cette mutation du virus, bien plus contagieuse que la souche originelle du Sars-CoV-2.

La solution initiale avait été de confiner la partie orientale de la ville d’abord puis, cinq jours plus tard, d’y lever les restrictions et de les imposer à la partie ouest. C’était pour les autorités locales une manière de tenter de minimiser l’impact économique de ce confinement strict. Shanghai est non seulement le centre financier de la Chine – sa Bourse est la deuxième plus importante après celle de Hong Kong – mais son port est aussi le plus important au monde. À lui seul, il assure près de 20 % de l’ensemble des importations et exportations de la Chine.

Mais ce plan ne s’est pas déroulé sans accrocs. La propagation du virus n’a pas pu être arrêtée à l’est du fleuve Huangpu en fin de semaine dernière, obligeant les autorités à opter pour un confinement total de la ville, qui risque d’être coûteux.

Pour la population, “c’est surtout le sentiment d’incertitude quant à l’évolution de la situation qui prédomine”, affirme Éric. Les habitants de Shanghai ont dévalisé les étals des magasins au cas où… et “une partie des applications de livraison de nourriture à domicile ne fonctionne plus, faute de produits”, reconnaît l’expatrié français.

Dans sa résidence, “nous avons effectué des achats groupés sur les applications qui marchent encore”, raconte-t-il. Une équipe de volontaires descend ensuite récupérer les victuailles et se charge de distribuer les denrées à tous les habitants.

Cette entraide pour les achats groupés n’est pas unique à la résidence d’Éric. Elle a d’ailleurs donné lieu à des abus dans certains quartiers, surtout les plus huppés, où les habitants ont littéralement dévalisé les stocks des services de livraison de nourriture, souligne le Financial Times.

La solidarité ne se limite pas aux courses. Certaines applications, comme le service de messagerie WeChat, ont permis aux habitants de la ville de pallier certaines lacunes des autorités.

Autorités débordées

C’est notamment ce qui s’est passé pour les services médicaux. “Nous n’avons pas réussi à offrir les garanties suffisantes pour le bien-être de tous”, avait déploré Ma Chunlei, secrétaire général du gouvernement local de Shanghai, jeudi 31 mars. Une manière de reconnaître que la population ne savait pas, par exemple, quels hôpitaux ou cliniques continuaient à accueillir des patients durant cette période de confinement, raconte le South China Morning Post.

Très vite un groupe d’étudiants en médecine a établi des listes, mises à jour presque en temps réel, des disponibilités dans les différents établissements pour ceux qui ont des urgences de santé nécessitant de se déplacer dans un hôpital malgré le confinement. “WeChat est devenu un outil essentiel, ne serait-ce que pour rester correctement informé”, reconnaît Éric.

Mais ces initiatives privées ne peuvent pas résoudre tous les problèmes engendrés par ce confinement de 26 millions de personnes et la multiplication des contaminations. Les autorités ont ainsi dû transformer des bâtiments publics en centres d’accueil d’urgence. C’est ainsi que les deux gigantesques centres d’exposition de la ville servent dorénavant à héberger une partie des personnes testées positives.

Les autorités sanitaires de la ville ont aussi été vivement critiquées pour avoir décidé de séparer les enfants testés positifs de leurs parents, souligne Reuters. Des photos d’enfants en pleurs dans des centres médicaux – dont l’authenticité est contestée par les autorités de Shanghai – ont largement circulé sur des réseaux sociaux chinois comme Weibo.

Ces clichés ont rapidement été censurés. Mais les autorités sanitaires ont confirmé qu’une politique de séparation des familles existait. “Si un des parents est également infecté, il pourra accompagner l’enfant et prendre soin de lui” dans un endroit dédié “où ils seront traités”, a déclaré lundi Wu Qianyu, une responsable des services de santé municipaux. Mais “si les membres de la famille ne remplissent pas les conditions d’accompagnement”, c’est-à-dire ne sont pas contaminés eux-mêmes, les enfants seront séparés de leurs parents, a-t-elle souligné devant la presse.

L’existence de ces mesures contestées et la réaction des internautes démontrent que le prix à payer pour la politique de “zéro Covid” est élevée. Surtout pour faire face à un variant aussi contagieux qu’Omicron.

Avec France 24

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