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« Oser être une femme leader, brillante et intelligente, il faut être prête à encaisser des coups » (Dr Aminata Kane)

Propos recueillis à la Riviera 2 par Nanzif Murtada

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Voix du Nigéria : Vous êtes mère au foyer, chirurgien-dentiste, écrivaine et journaliste. Comment arrivez-vous à concilier ces activités ?

Humm…rire…Merci pour l’opportunité. Cette question pourrait faire l’objet d’une conférence. En fait, je dirai en deux mots, c’est la grâce de Dieu et l’organisation. L’organisation n’est pas que personnelle car il y a plusieurs partiprenantes de cette organisation. Etant épouse, cela prend en compte un homme. Je suis aussi mère et cela prend en compte des enfants. Je travaille, ça prend en compte des collaborateurs et des patrons dans le milieu dans lequel j’évolue.

Donc, je dépends de toutes ces personnes en termes d’organisation. Le secret, ce que je dirai c’est de voir quelles sont ces possibilités en termes de temps, et de voir aussi ces capacités physiques, émotionnelles et psychologiques. Ce qu’on est capable de supporter en termes de pression avant de se lancer dans une quelconque aventure. Je connais des femmes, qui ne sont que femmes au foyer mais qui sont débordées. Je connais également des femmes célibataires qui ne font que travailler mais qui sont débordées. Et, je trouve que nous sous-exploitons tellement notre potentiel, que lorsqu’une personne se rapproche de ce qui est normale, on a l’impression qu’elle réalise des exploits. Ce qui est dans mon cas, donc c’est juste ce qui est normal.

Dans la semaine, j’ai des jours aux programmes chargés et des jours libres. J’ai également eu la chance d’avoir des enfants adolescents qui ne sont plus aussi dépendants que les plus petits. Donc, ceux-là deviennent une deuxième aide pour moi dont je profite. Ce que j’arrive à faire aujourd’hui malgré le fait que je sois mère de huit enfants, je n’arrivais pas à le faire lorsque j’avais que deux enfants parce que j’étais étudiante à l’époque ; la pression était différente car j’avais un objectif à atteindre : le diplôme.

Et justement, notre organisation doit répondre à ces objectifs que nous avons à atteindre. Sachez que les objectifs sont changeants ; il y a un objectif principal qui stipule qu’étant musulman, on recherche la satisfaction de Dieu mais il y a des objectifs spécifiques parce que Dieu on le cherche partout. On peut le trouver en tout en se mettant au service de l’éducation, on recherche Dieu également. En soignant les malades à l’hôpital, on se met aussi au service de Dieu. En écrivant, on se met au service de Dieu de part la qualité de ce que nous mettons, dans le contenu de propos du livre que nous écrivons.

Vous avez publié votre premier roman en 2007, intitulé Des mots pour apaiser. Avez-vous le sentiment d’appartenir à ce qu’on appelle communément la littérature africaine.
Alors, je dirai oui et non. Oui parce que je suis africaine, donc naturellement ce que j’écris est adressé à un public africain et vient d’une Africaine. Donc, je reste sous l’influence de mon origine africaine. Non, car je veux que mon message soit universel et pas qu’adresser aux Africains. Donc, je veux d’une littérature universelle à travers le message qu’elle véhicule.

C’est ce que je pourrais vous dire. Lorsque vous prenez le titre de l’œuvre qui est Des mots pour apaiser, pour moi à partir du moment que la souffrance est universelle, le remède aussi devrait être universel. Donc, ce sont des mots qui s’adressent à chacun et chacune d’entre nous et non pas à notre appartenance africaine, ou européenne, ou américaine ou indienne. C’est surtout de ça qu’il est question parce que la souffrance, elle prend le visage de celui qui l’endure ; que ce soit un homme ou une femme, un Blanc ou un Noir, un musulman ou un chrétien, un athée ou un bouddhiste, la souffrance, elle est universelle. Elle a la même expression à des degrés divers. Selon notre éducation, on va, peut-être, plus intérioriser notre douleur et moins l’exprimer mais dans tous les cas, tout le monde sait ce que c’est la douleur ; et d’ailleurs, on l’apprend en neuroscience que la douleur est un élément de survie. Celui qui ne ressent pas de douleur meurt.

Parlons maintenant du leadership féminin. Que pensez-vous du leadership féminin en Afrique.
Le leadership féminin en Afrique, il a du mal à s’exprimer dans le sens où le leadership serait rattaché, si vous voulez, à la position hiérarchique de la femme dans la société. Dans le cas de la femme, surtout africaine, son leadership va s’exprimer surtout par l’influence qu’elle pourrait avoir sur son environnement, dans sa famille, au travail et dans la société. Et je dirai que c’est un leadership qui est extrêmement puissant. Puissant si la femme est même à conscience de son pouvoir, malheureusement l’éducation, la tradition et la culture ont fait que les femmes souffrent de ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur ou tant qu’elles ne se sentent pas complètement prêtes et parfaites, elles ne parlent pas et elles ne partagent pas ce qu’elles pensent ou elles ne font pas valoir leur compétence à moins être vraiment parfaites. La cause remonte à l’éducation et l’environnement qui nous a élevés en exigeant de nous que nous soyons des personnes parfaites.

Existe-t-il des pays modèles en Afrique dont les autres nations pourraient s’inspirer en termes de leadership féminin ?
Sans aucun doute, le Rwanda, le premier pays qui me vient à l’esprit. J’ai eu aussi l’occasion d’aller en Afrique du Sud, j’ai vu un peu le développement qu’il y a eu même si effectivement il y a des disparités sociales au niveau de certaines villes comme Soweto. Il y a également le Nigéria où j’y étais dans le cadre d’un séminaire à Abuja. J’ai vu également ce développement, l’encouragement et l’accompagnement des femmes à développer leur leadership. Le Ghana aussi, et comme le dit le dicton qu’il ne faut jamais indiquer son village avec la main gauche, je mentionne également la Côte d’Ivoire. Elle regorge aussi des figures féminines du leadership. Il y a notre ainée Nina d’origine nigériane qui évolue en Côte d’Ivoire. Il y a des femmes comme Edith Brou, Sandrine Rolande, Jeanne Sissoko, y compris la PDG de Unilever Manon Karamoko ; ce sont des femmes qui sont des têtes de prou du leadership et qui par leur exemple, nous montrent qu’on peut être une femme leader sans renoncer à sa féminité et sans renoncer à son autorité et qu’on va exercer cette autorité beaucoup plus douce, beaucoup plus subtile, moins brute et moins agressive, mais on reste quand même des femmes leaders avec une certaine autorité. Ces femmes-là sont des exemples.

Au Nigéria, le président Buhari a accordé 40 pourcent à la représentation féminine dans le gouvernement. Est-ce la même la réalité ici en Cote d’Ivoire ?

Ici en Côte d’Ivoire, il y a un texte soumis par le président disant que dans les sphères des décisions il faut que 30 pourcent des postes soient occupés par des femmes. C’est ce qui relève de la théorie, mais sur le terrain c’est vrai qu’on a de plus en plus de figures féminines dans les sphères de décisions mais le quota est loin d’être atteint. Il faut aller interroger justement l’absence de ces compétences. Souvent, c’est parce qu’il n’y a pas assez de femmes qui sont outillées à occuper ces postes. Cela peut être le premier problème. Le deuxième élément d’analyse ou la deuxième cause, ça peut être le fait qu’il y a des femmes qui sont compétentes mais qui hésitent à se lancer par peur des représailles de la société car toutes ces femmes-là vous le diront qu’oser être une femme leader, brillante et intelligente, il faut être prête à encaisser des coups. La raison est rattachée au propre de la nature humaine.

Mais est-ce qu’on peut aussi parler de la société patriarcale dans laquelle nous vivons ?
Mais, bien-sur, c’est-à-dire où la part belle est faite aux hommes. Et quand vous êtes une femme, et que je le dis encore une fois, vous vous assumez et vous osez prendre la parole, on vous taxe d’être une femme, à la limite, qui manque de pudeur. C’est-à-dire la femme qui ose s’exprimer est comparée à une dévergondée parce qu’on a une image idéaliste de la femme selon laquelle on pense qu’elle est mieux que lorsqu’elle est effacée. Elle est mieux que lorsqu’elle se confond au décor. Elle est mieux lorsqu’on ne l’entend pas ou on ne la voit mais pourtant ce sont ces femmes qui tiennent économiquement les foyers malgré le fait qu’elles soient ‘silencieuses’. Ce sont les femmes qui bâtissent des nations. Grâce au travail des femmes agricultrices, la Côte d ‘Ivoire est passée à coté d’une crise de la faim. Donc, elles sont présentes. Elles sont présentes, on ne les entend pas et on ne les voit pas, mais si elles ne sont pas là, le bruit de leur absence va causer de dégâts. Vous voyez ce que je veux dire mais il faut aussi préciser qu’on ne peut pas s’arrêter qu’à ça.

Il y a besoin aujourd’hui, surtout à la jeune génération, de projeter des modèles de femmes et de dire finalement que l’exercice du leadership n’est pas incompatible avec la féminité. Et lorsqu’on n’est pas en guerre avec les hommes, le leadership d’une femme ne serait pas constituer une menace pour la survie de l’homme avec petit h. Il faut qu’on comprenne que si on veut que nos sociétés soient développées, il faut donner plus la parole aux femmes. Et moins on les prend comme ennemis et moins chercher à les casser. Et je vous s’assure que lorsqu’on décide de casser une femme, on passe par tous les moyens pour la casser et souvent ça va jusqu’à sa famille et son foyer. Il arrive des cas où la femme est forcée de choisir entre son mariage et sa carrière. Il y a des femmes qui sont confrontées à ce dilemme et qui décident de renoncer à une carrière professionnelle.

Pensez-vous que les politiques africaines souffrent collectivement d’un manque de leadership féminin ?
Il faut savoir que les femmes constituent la moitié de l’humanité et on ne peut pas évoluer sans cette moitié de l’humanité. Elles sont perspicaces et intelligentes et elles ont une intuition extrêmement développée. Autant d’atouts, s’y ajoute également le fait qu’elles sont de grandes manipulatrices. Dans l’exercice de la politique, il faut savoir qu’elles sont aussi des qualités. Il y a certains livres sur l’exercice de la politique qui montrent des habilités cognitives dont les femmes disposent. Donc, lorsqu’on examine le retard infrastructurel et intellectuel, ou même d’un point de vue de développement de certains pays africains, on se dit que si les femmes africaines sont mises à contribution, naturellement on peut avoir un développement de nos politiques africaines. Donc oui, pour faire plus de place aux femmes.
Alors comme je le dis, il y a des quotas qui ont été donnés par pays, en Côte d’ivoire, c’est 30 pourcent mais ces quotas peinent à être atteint. Alors que le Rwanda nous donne par exemple, une bonne leçon. On a plus de femmes parlementaires que les hommes au Rwanda. Et certains pays qui marchent bien sont cités en exemple en termes de salubrité et de leadership féminin. Donc, si l’exemple rwandais peut nous aider ou peut aider les autres pays africains à faire encore plus de place aux femmes. Et aussi laisser l’exercice du pouvoir aux femmes pour voir ce que ça donne.

Nous sommes convaincues qu’on éviterait certaines crises si on accordait plus de place aux femmes. On pourrait éviter surtout les crises politiques car ce sont les femmes qui donnent la vie. Donc, il y a la sensibilité et la fibre maternelle sur laquelle ont peut jouer pour éviter de tomber dans des guerres fratricides ou sanguinaires. L’autre élément, je vous le disais que ça fait partie de la nature humaine du fait qu’on souffre tous du patriarcat. Je dis chaque fois qu’il faut donner la place à la femme mais force est de reconnaitre qu’on évolue dans une société où ce sont les femmes qui prennent leurs places parce qu’il ne faut pas attendre à ce que les gens viennent à nous. Il faut que nous aussi nous allions pour dire voilà ce dont nous sommes capables. Il faut prendre notre place car nous avons une place à prendre dans la marche de notre société sinon, malheureusement, nous allons continuer à subir et nous allons continuer de transmettre aux générations futures les tares et les violences dont nous souffrons aujourd’hui. L’idée, c’est de sortir, si vous voulez, de la boucle de la victimisation et prendre notre responsabilité car nous sommes celles qui éduquent les hommes.

Pourquoi est-ce qu’on éduquerait un garçon différemment d’une fille, en disant à la fille d’être une parfaite épouse et le garçon d’être un parfait président? On peut également dire à la fille qu’elle peut être aussi une parfaite présidente. Ce changement de paradigme, vous voyez, sur lequel on doit partir n’est pas une question de se venger contre les hommes. Il n’y aurait pas d’humanité sans homme et il n’y en aurait pas sans femme mais c’est d’évoluer ensemble, main dans la main, sans que l’un et l’autre ne se voit comme ennemi.

Une responsabilité mutuelle, vous voulez dire ?

Elle est individuelle et elle est aussi collective. Moi par exemple, je suis mère de sept garçons mais c’est une responsabilité que j’assume d’éduquer mes garçons au respect des femmes et à ne pas voir dans les filles des personnes de seconde zone, c’est-à-dire des êtres fragiles qu’il faut martyriser et violenter. Certes, je leur dis qu’une fille peut être aussi intelligente comme un garçon, voire même plus intelligente qu’un garçon. Physiquement, il y a des différences et c’est d’ailleurs pourquoi ces différences doivent être prises en compte. C’est le message que nous communiquons aux femmes qui s’engagent dans le contexte d’égalité des sexes. Il faut comprendre que ce n’est pas une question d’égalité mais de faire chacun les choses en fonction de ses spécificités. La vraie égalité, elle est là, mais il faut tenir compte de nos différences physiques, physiologiques et biologiques car une femme parachutiste ne fera plus du parachutisme étant enceinte par peur de ne pas perdre son enfant. Mais si on doit être égal homme et femme, ça veut dire qu’elle devrait le faire. Vous voyez ce que je veux dire ? C’est idem aussi pour un homme qui ne peut pas tomber enceinte.

Il faut prendre en compte la réalité, vous voulez dire ?

Oui dans la réalité. Il peut arriver que dans ce même discours, qu’on se fourvoie nous-mêmes. C’est la réalité qu’on doit prendre en compte. Pour moi, on doit justement tenir compte que chacun a ses sensibilités et ses spécificités. Par exemple, on nous dire d’allaiter nos enfants jusqu’à six mois, mais si je dois prendre trois mois de congés, un mois avant l’accouchement et deux mois après, cela veut dire qu’au bout de deux mois je dois reprendre le travail. Donc, l’égalité ici ou le respect des droits de la femme serait de demander la possibilité de pourvoir allaiter son enfant jusqu’à six mois et que les entreprises créent des crèches au sein de leur locaux pour que la femme viennent avec son enfant et fassent des pauses d’allaitement quittent à demander une contre partie financière. Et qu’est-ce qu’implique cette contre partie financière ? C’est qu’un enfant nourrit au sein sera un enfant moins malade par rapport à celui qui est nourrit au biberon. Et il y a même des études qui l’ont prouvé. A travers cela, les entreprises pourraient faire des gains et des économies liés à un bon état de santé d’un bébé qui est l’enfant d’une employée parce que si l’enfant tombe régulièrement malade, l’employée va s’absenter et cela représente une perte pour la société. On n’a même pas le choix, nous devons prendre définitivement en compte la réalité.

Evoquer le leadership féminin n’est pas toujours bien perçu en Afrique. Comment établir un dialogue constructif avec les milieux les plus conservateurs et notamment les religieux.

Alors, je vais plus parler de l’Islam que je connais. A priori, les textes ne sont pas contre la représentativité des femmes dans la société. Et d’ailleurs, l’histoire de l’islam nous a montré que l’islam a été marqué par des grandes figures féminines. Il y a des femmes qui sont citées dans le Coran, la sourate 4 porte le nom de la sourate les femmes. Et c’est cette sourate en plus de la sourate 2 qui nous parlent des droits des femmes, mais dans la sourate 2, il y a le verset sur l’allaitement où Allah demande que l’allaitement complet soit fait sur deux ans. Il y a également le verset sur la menstruation de la femme et l’interdiction des rapports charnels pendant la menstruation de la femme. Il y a la question de l’héritage qui est mentionnée dans la sourate 4, y compris les femmes qu’on peut épouser, s’y ajoute le fait que les femmes ont droit à l’héritage. On a aussi la sourate Mariam, la sourate 19 qui porte le nom de la mère du prophète Issa. L’histoire d’Assia, l’épouse de Farhaun et celle de la reine Bilkiss qui est ensuite devenue l’épouse du roi Salomon. Il y a le verset sur la calomnie qui a été descendu dans la sourate 24 parlant de notre mère Aishat. Donc, autant d’éléments qui nous montrent qu’en réalité, l’islam nous fait une part belle à la femme et ça c’est pour ce qui est du Coran. En ce qui concerne les hadiths, l’avis du prophète Muhammad, vous verrez que les femmes ont été aux premières loges dans la transmission du savoir, notamment ses épouses. Au temps du Khalifat d’Oumar, les impôts ont été confiés à une femme. Les femmes allaient sur les champs de bataille et elles combattaient aux cotés des hommes. Elles leur apportaient de l’eau et soignaient leur blessure. Et il y a certaines femmes qui ont eu par exemple, à épouser 3 à 4 compagnons dû au fait qu’à la suite du décès de leur époux, il y a quelqu’un d’autre qui vient leur demander en mariage.

Les femmes ont joué un rôle prépondérant dans la transmission des valeurs. Et d’ailleurs le prophète Muhammad, nous dit qu’il confie la religion aux femmes et aux jeunes. Et lorsque vous regardez parmi les jeunes, il y a des femmes aussi dans les jeunes. Donc, vous verrez que la responsabilité de la religion pèse plus sur la femme que sur l’homme. Et il y a cette maxime de sagesse qui stipule, à juste titre, que celui qui éduque un homme a éduqué un individu alors que celui qui éduque la femme a éduqué une nation entière.

Donc vous voyez, malheureusement les religions souffrent plus de la lecture patriarcale culturelle et traditionnelle des textes; l’interprétation fallacieuse des textes que de la religion elle-même. Sinon, Allah même le dit dans le Coran, à la sourate 33 au verset 25 je crois, en s’adressant aux dix catégories de personnes. Il s‘adresse ici aux hommes et aux femmes, à savoir les musulmans, les croyants, les donneurs de monde, les invocateurs etc. Et ce verset a été révélé lorsqu’une femme est allée se plaindre auprès du prophète Muhammad, en disant qu’Allah s’adresse chaque fois aux hommes quand un verset est descendu dans le Coran et qu’en est-il des femmes ? Une fois dans un serment Oumar a voulu imposer un montant pour la dote, et il y avait une femme pendant le serment qui lui a demandé pourquoi voulait il imposer ce que le prophète ne l’a pas fait. Mais la solution en fait pour ça, pour établir ce dialogue, c’est que les femmes elles-mêmes connaissent leur religion, leur place, leur droit et leur devoir que Dieu et son prophète leur a demandé. Quand on aura ça, puisque c’est nous qui passons assez de temps avec nos enfants, ce dialogue va s’instaurer. Malheureusement, que ce soit dans la société ou ce soit dans la religion, c’est un rapport de force, c’est-à-dire le rapport de domination qui existe alors que celui qui détient en apparence le pouvoir n’est pas forcément celui qui l’exerce. Quand vous allez dans un foyer, l’organisation de la famille est aux mains de la femme car elle est la maitresse des lieux.

Comment changer les mentalités, selon vous?

Pour changer les mentalités, il faut que nous sachions ce que nous voulons. Le changement des mentalités va aller dans le sens des objectifs que nous allons atteindre. Et je vous ai dit à l’entame de notre conversation que l’objectif principal est la recherche de la satisfaction de Dieu. Donc, si on a cela à permanence à l’esprit, c’est-à-dire lorsqu’on a la conscience que dans tout ce que nous faisons et disons, c’est la recherche de la satisfaction de Dieu qui nous guide, on va poser des actes allant dans le sens de la recherche de la satisfaction de Dieu. C’est la première des choses.

Deuxièmement, il faut savoir que le changement fait peur et parce que le changement fait peur, les gens sont en général réfracteurs au changement. Et le changement est un processus qui prend du temps, ça peut s’étendre sur une génération. Donc, il faut qu’on s’entende sur quelle génération de personnes dont nous les femmes nous voulons. Si nous voulons des femmes qui soient des références qui soient caractérisées par l’excellence, aussi bien que du comportement que de la connaissance, nous allons dès à présent mettre les moyens à leur disposition. Les moyens mis à leur disposition partent déjà des moyens dans la famille, des moyens éducationnels et aussi des moyens dans la société. Il faut que ce soit une société qui soit moins corrompue et une société qui promeuve les meilleures valeurs. Pas seulement ceux qui sont là pour divertir et pour abrutir, mais ceux qui sont là pour vraiment tirer les autres vers le haut. Donc, le changement des mentalités passe par un changement de mentalité d’abord à l’échelle personnelle et individuelle mais également un changement de mentalité à l’échelle collective ; parlant de la collectivité, parlant de la communauté et parlant également à la dimension du pays.

Y a-t-il des efforts déployés par les autorités ou le secteur privé pour attirer les femmes au leadership?
Oui, il y a énormément d’efforts qui sont consentis. Je vous ai dit à l’échelle du pays, le gouvernement a octroyé, de facto 30 pourcent de sièges aux femmes et cela a été témoigné dernièrement au Sénat. Il y a une différence au niveau de l’Assemblée nationale. On a quelques femmes qui sont là mais la situation n’est pas la même comme le Sénat. En ce qui concerne le secteur privé, je vous ai parlé de Manon Karamoko qui est, par exemple, la DG d’Unilever. Il ya des efforts qui sont consentis et on voit de plus en plus de femmes. Mais à coté de ça avec la ministre Yaho Efrazi, il y a eu le compendium des compétences féminines qui est cette sorte d’ânière de femmes avec leurs différents niveaux qui a été sorti et donné au président pour que dans différents domaines on voit quelles sont les femmes ? Quelles sont leurs compétences et quelles sont celles auxquelles on peut faire appel. Donc, ça c’est un élément.

En plus de ça, dans la politique de recrutement des entreprises, on voit très souvent les gens disent que la candidature féminine sont encouragées. On encourage les femmes à se manifester mais le problème, encore une fois, c’est que nombreuses sont celles qui hésitent à se manifester et à saisir les opportunités car elles ont peur. Elles ont peur du quand dira-t-on, y compris les impacts ou les retombés sur leurs vies familiales. Je vous assure que je rencontre énormément de femmes qui me disent : «Lorsque je me suis mariée, mon mari m’a dit que je pouvais continuer mes études. Mon époux m’a dit que je peux acheter de la nourriture dehors et je l’ai fait 2 ou 3 fois, il a commencé à se plaindre parce qu’il veut que ça soit moi-même qui fasse la cuisine. Il ne veut pas m’aider à m’occuper des enfants alors que je dois m’occuper des enfants, fais les ménages, fais la cuisine et ensuite étudier.»

Donc, elles font face à ces problèmes. Il y a aussi des femmes qui ont été demandées de choisir entre leurs études et leurs foyers. Voyez-vous, c’est compliqué. Pour moi, il faut aller plus loin dans l’accompagnement des femmes surtout dans le secteur privé. Il y a des entreprises maintenant qui sont en train de mettre des crèches et qui accordent des pauses allaitement. Il y a aussi des entreprises où le congé parental de la mère remonte à 6 mois, 9 mois ou 1 an dans certaine situation ou pendant 6 mois, elles ont la totalité de leur salaire et après 6 mois, elles ont la moitié de leur salaire. Au moins, elles sont payées et elles peuvent venir à la maison. La crise à coronavirus nous a montré qu’il est possible de travailler à partir de la maison : le télétravail. Donc, pourquoi ne pas penser à une femme qui vient d’accoucher, lui donner la possibilité de travailler à partir de la maison. Elle sera même d’ailleurs beaucoup plus efficace parce qu’elle a tous ses enfants en face d’elle et elle n’est vraiment pas stressée.

Cette crise nous a contraints à revenir à la technologie. Donc, cette technologie si elle peut nous aider à mieux vivre, pourquoi pas sauter sur l’occasion ? Je pense que c’est une opportunité qui nous a donnée de réfléchir sérieusement au travail des femmes surtout des femmes mères et voir comment on leur permettra de concilier toutes ces choses. Je vous l’avais dit en répondant votre première question qu’il y a plusieurs acteurs dans l’organisation de la femme. J’arrive à faire tout ça car il y a une certaine compréhension, un certain accompagnement et une certaine aide de toutes les partiprenantes de ma vie et de ceux avec qui j’évolue. Donc, c’est idem pour la femme, elle ne demande pas qu’on les facilite la vie. Ce sont des personnes qui sont extrêmement courageuses. Si elles arrivent à braver la maternité et un certain nombre de choses, les douleurs, la fatigue, et quand même réussissent à s’en sortir avec brio, cela implique que le challenge ne leur faire pas peur, mais créons de conditions pour pouvoir tirer le meilleur de ces femmes.

Quelles sont votre recommandation et suggestion pour ces femmes qui souhaitent être femmes leaders?

Déjà que les femmes comprennent que l’expression du leadership repose dans l’influence que nous avons sur les autres, c’est-à-dire notre capacité à influencer les choix des autres que ce soit de bons choix. D’accord ? C’est la première des choses. Et la deuxième des choses, c’est qu’au niveau de l’éducation qui est donnée aux enfants, soit à l’école soit à la maison, qu’on réfléchisse sérieusement. Je suis déjà allée dans une école primaire où j’ai vu les garçons qui étaient pénards pendant que les filles étaient en train de balayer la classe. Dans la classe, le maitre ou la maitresse a demandé que les filles balayent la classe mais d’où sortons-nous que l’accomplissement des taches ménagères doit être simplement du ressort de la femme. C’est quelque chose je n’ai pas apprécié. Mais il faut dire que la petite fille dans la classe a le même droit que le petit garçon. Vous voyez que cela est un problème.
Le deuxième élément, notre rapport à notre histoire en tant qu’Africain. Je suis allée dans une autre classe où la maitresse, se référant à un garçon de la classe, me disait : « Quand le garçon s’exprime, sa manière de faire des recherches et de participer en classe, me fait penser aux petits blancs ». J’ai été également touchée par ces propos car je me demande si l’intelligence ou la capacité à être brillant est le seul fait des petits blancs ? J’ai connu des Blancs, que Dieu me pardonne, qui sont des abrutis. L’idiotie n’est pas le panache des Noirs, bien au contraire. Quand on voit un bébé qui est bien potelé, on dit c’est un bébé américain parce que le Noir, c’est celui qui est maigrichon, qui a la peau sur les os et qui souffre de la famine mais pourtant c’est l’enfant de deux Africains qui est nourrit aux seins. Vous voyez ces complexes qui sont profondément ancrés en nous.

L’autre élément, avec ce qu’on voit en termes de dépigmentation, c’est l’acceptation de soi-même avec nos couleurs de peau, et aussi d’aspirer à beaucoup plus grand pour nos Etats. J’ai été aux Etats-Unis et j’ai constaté à mon retour que les seuls critères que les Africains n’ont pas sont la discipline et le travail. On va dépasser les Occidentaux si nous avons cette discipline. Regardez un peu comment Dieu nous a béni avec nos climats. L’Afrique regorge de toutes sortes de produits alimentaires et nos sous-sols sont extrêmement riches. Si nous pouvions nous disciplinés pour faire des choses avec une vision à court, moyen et long terme, je vous donne pas 20 ans pour que l’Afrique se mette au niveau de certains pays comme la Corée.
Je vous remercie

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